Le choix de Sophie #3 : Le Dernier Nabab de F. Scott Fitzgerald

Une semaine. Un choix. Aujourd’hui : Le Dernier Nabab de F. Scott Fitzgerald.

Fait intéressant sur ma personne et pas du tout cliché : mon livre préféré est Gatsby, le Magnifique. Oui, oui Gatsby. Oui je sais, c’est aussi le bouquin préféré de 10 000 autres personnes. Je suis une fille très originale, que voulez-vous. Bref… Au vu de mon amour pour Gatsby, j’ai rapidement décidé de lire tous les romans de  Fitzgerald. Et après réflexion, je dois me rendre à la conclusion suivante : Le Dernier Nabab est son meilleur ouvrage. Et c’est là que je deviens originale.

Situé dans les années 1930, Le Dernier Nabab raconte l’histoire d’un producteur de cinéma, Monroe Sfar, qui a la quarantaine passée. Désabusé, il ne vit que pour son travail. Mais son existence bascule lorsqu’il rencontre le « sosie » de sa femme morte et qu’il entame avec elle une relation amoureuse compliquée.

L’histoire est narrée, la plupart du temps (mais pas toujours), par Cecelia, une jeune femme amoureuse de Sfar. Certaines scènes sont aussi vues par le biais de plusieurs personnages. Le récit est donc tordu, mais tout à fait compréhensible. Et comme d’habitude chez Fitzgerald, tout est question d’atmosphère. Beaucoup de lecteurs ont l’impression que dans ce genre d’univers, il ne se passe pas grand chose. Pourtant, malgré une impression de lenteur, lorsqu’on referme le livre on se rend compte que mille et une péripéties se sont déroulées. Elles ont juste eu lieu calmement. Fitzgerald n’est pas un auteur grandiloquent, et la discrétion est son arme la plus forte.

Mais ce qui différencie Le Dernier Nabab des autres ouvrages de l’auteur, c’est son réalisme. Si Fitzgerald utilise souvent des lieux connus comme Harvard ou le Connecticut et parle d’événements historiques comme la Première Guerre Mondiale, ses personnages évoluent toujours un peu hors du temps, dans un univers fantasmé. Ici, le milieu du cinéma est décrit de façon très minutieuse et l’étude des rouages de l’industrie est précise et acerbe. Le Dernier Nabab est le portrait d’une époque changeante, celle de l’entre deux-guerres qui a tant bouleversé les États-Unis et son industrie la plus célèbre. Dans les années 30, la crise fait rage et le modèle économique américain doit être réinventé. Le pays en pleine dépression est un superbe décor pour un auteur qui s’intéresse principalement au mal-être et à la mélancolie. Il ne montre pas un Hollywood idyllique, comme c’était la norme à l’époque, mais une industrie sauvage, qui se jette dans les bras du capitalisme.

On pourrait reprocher à Fitzgerald de s’occuper encore une fois « des riches ». Mais ce choix donne à son œuvre une vraie cohésion. L’auteur s’intéresse constamment à des personnages malheureux dans un univers que l’on imagine magnifique et luxueux. Attraction et répulsion se mélangent, alors. On est attiré par les décors mais beaucoup moins par ce que vivent les personnages. Et dans Le Dernier Nabab cela n’a jamais été aussi vrai. La Californie y est lumineuse et le monde du cinéma fascinant mais les histoires d’amour contrariées et les complots des puissants nous empêchent de rêver.

Livre inachevé, on ne peut s’empêcher de penser au chef d’œuvre qu’il aurait pu être, si Fitzgerald avait vécu assez longtemps pour le finir. Il est bien dommage que le livre n’ait pas de conclusion tant l’auteur excelle dans ce domaine. Heureusement, les notes retrouvées par son éditeur sont  présentes à la fin du roman, et nous laissent imaginer le destin tragique du héros.

A noter qu’une adaptation cinématographique réalisée par Elia Kazan existe, mais elle n’est pas vraiment au niveau de l’œuvre.

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