J’ai vu Black Swan et j’ai vu mourir les cygnes : faux plats et mauvais heurts

Voilà le grand film de Darren Aronofsky, sa pièce maîtresse. Tout est là : Nathalie Portman, Vincent Cassel, le Lac des Cygnes, un Tchaïkovski  et un Begichev ! Génial, l’adaptation moderne d’un opéra classique qui a fait le tour du monde. On oserait croire que l’art sera au rendez-vous, que la finesse d’une œuvre tant interprétée n’en sera que « parfaite », remise à neuf par Aronofsky à la direction et Portman à l’exécution, une œuvre qui serait comme dépoussiérée par le génie cinématographique américain ?! Pourtant il n’en est rien, ça n’a été que migraine (la mienne) et heurts (le film). Retour sur un bad movie qui marche très bien.


La promesse d’un lac de cygnes et ce sont des canards.

On nous a promis du grand cinéma, un Lac des Cygnes remis au goût du jour, la transposition d’une vieille légende, d’un conte, en un film grand public qui resterait cependant dans la veine de l’Opéra, du beau, pointu et quelque peu inaccessible. On voudrait alors résister à l’appel médiatique, se souvenir que ce n’est pas parce qu’on aligne Nathalie Portman, Vincent Cassel et Darren Aronofsky qu’un film vaut le détour. Pourtant, tant de promesses, tant d’envie de voir le dernier bijou américain, par un réalisateur peu commun qui a souvent surpris et plu, Requiem for a dream, The Fountain.


Malheureusement Black Swan c’est un lac de canards déguisés en cygnes, ou un lac de cygnes où ne flottent que des canards…Certains éléments ne trompent pas, quand on adapte un ballet avec une lecture moderne, et qu’on oublie la danse. Quand on fait un film sur la difficulté du beau et de la perfection, et qu’on oublie le beau et la perfection justement. En effet, dans Black Swan on est déçu par le manque d’art lyrique et esthétique. Pas un temps de pause pour se délecter, pas un temps de pause pour réfléchir, ne serait-ce qu’un ballet en moins bien ? Un Opéra moderne donc médiocre ?

La finesse des plumes d’une oie sur le corps d’un cygne.

Ce constat premier serait trop violent, il manquerait de mesure et d’analyse. En effet, au-delà de la violence constante du film, parti pris esthétique plutôt qu’une esthétique classique de la danse, du lyrique et du texte, il y aurait ainsi aussi une psychologie à prendre en compte. Une analyse supérieure faite en plus du Lac des Cygnes originel. Ainsi la mère, qui a ratée sa vie pour avoir sa fille, l’infantilise et l’empêche d’atteindre la vraie perfection en la maintenant dans un état de soumission. Le metteur en scène, français, attise le désir de ses danseuses vedettes pour provoquer en elle la sensualité, la fougue et la beauté des corps. C’est aussi la danseuse déchue (Winona Ryder, l’actrice sur le retour) qui tente de se suicider et se mutile, puisqu’elle n’est plus au sommet, elle, produit périmé d’une société de consommation où les objets désuets sont jetés sans plus de tri. Enfin c’est une jeune danseuse qui pour vivre son rêve, travaille si dur qu’elle connaît troubles psychologiques, et physiques, dédoublement de soi et hallucinations. Voici maladroitement peint le tableau psychologique de Black Swan.

Tableau psychologique donc, mais pourquoi vouloir dès lors qu’il y a de psychologie qu’il y ait de la finesse ? Pendant qu’on regarde le film on ne se surprend pas d’une certaine grossièreté, trop accroché par l’aspect anxiogène du scénario et l’horreur de certaines scènes. Pourtant, et avec un tout petit peu de recul, une fois sorti de la salle bondée du cinéma français, on peut trouver l’approche psychologique de Black Swan assez ridicule, très formelle. Je m’amuse des clichés de tempéraments dessinés par Portman, Cassel et Ryder. On s’étonne du manque de finesse d’une relation mère fille compliquée qui n’apporte ici aucun nouvel élément au débat. C’est bien le drame d’un film qui avait de l’ambition et qui au final ne se retrouve qu’à présenter un grand cliché sur le monde de la danse, et encore s’il est question de danse. Black Swan est donc à même de n’offrir que très peu de finesse sur les relations humaines. On nous dira que c’est un conte, que les traits sont simples mais forts, cathartiques et convaincants. D’accord, pourquoi pas l’excuse du conte pour sauver Black Swan. Mais alors de se demander pourquoi, pourquoi toute cette violence, pourquoi si peu de danse ?


Violence contre œuvre d’art.

Dommage en effet qu’une esthétique 100% américaine ne gâche le plaisir d’une œuvre allemande, œuvre d’art, de musique et de danse. Toujours ces confusions entre choquer l’esprit et susciter l’émotion. Cette inversion des genres, l’évènementiel d’une mise en scène, contre la finesse des émotions et des interrogations communiquées et partagées, plus propre à une œuvre d’art à part entière. C’est ce qu’il y a dans Black Swan, la perte du sens derrière la volonté d’indiquer violemment un point de vue pas si intéressant qu’il pourrait en avoir l’air au premier abord.

Dommage alors, toujours les mêmes films américains « qu’il faut voir », « qui se regardent », quand je n’y vois que du vide cinématographique et l’oubli des bases essentielles du 7ème art, bases pourtant simples : un ton juste, un plan séquence posé et recherché, du plaisir à communiquer, de la finesse à dévoiler et un peu d’art finalement. Peut-être que Black Swan prend la mauvaise critique à la place de tant d’autres, pourtant désolé de l’admettre, difficile de trouver ces temps-ci un film américain digne d’un film. Espérons avoir très prochainement tort grâce à la plus grande industrie de rêves cinématographiques du monde.

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