La Comédie des erreurs aux Bouffes du Nord sans faux pas

Ce qu’il y a de bien quand on va au Théâtre, c’est qu’on est assuré de ne pas être surpris. Un décor minimaliste, un jeu austère, peu ou pas de lumière, ou comme disait Delerm (c’est peut-être ringard de le citer) : « pas de décor, pas de costume, c’était une putain d’idée ». Alors aux Bouffes qu’en est-il ? Je dois dire qu’on était bien loin du monologue Shakespearien.

Rire pour rire, jouer pour jouer.

 

Il y a vraiment cet élan, ce juste pour rire, ce jouer pour amuser. La pièce de jeunesse de Shakespeare se porte au mieux. 5 acteurs pour plus de 10 rôles, un décor en ToiToi (WC itinérants), le public aspergé de bière, les pieds dans l’herbe. Voilà pour le descriptif, voilà ce qui fait que la mise en scène de Dan Jemett surprend. Elle sort de sa torpeur l’amateur de théâtre, si souvent déçu par l’austérité des mises en scène, et par la froideur d’un théâtre cathartique oublié derrière le rideau rouge de la honte des passions humaines, jeté à terre au fond des scènes en parquet grinçant. Alors un grand bravo, la Comédie des erreurs déjoue tous les mauvais tours d’un théâtre statique, d’un théâtre qui se voulant avant-gardiste approche parfois le mauvais goût. On peut à nouveau rire du texte, déguster le jeu de scène parfois en finesse et parfois forcé  volontairement par les acteurs, apprécier le maniérisme d’une mise en scène qui veut faire croire au seul laisser-aller.

Faire du théâtre, faire vivre.

Loin d’un théâtre qui transmet simplement une œuvre, en la ramenant à la vie à travers expérimentations et reprises, on pourrait se trouver ici dans un théâtre qui fait tout simplement vivre. Mais vivre qui ?  Et bien qui fait vivre  son public, qui lui autorise le rire nécessaire, la prise de recul évidente, l’exacerbation bienveillante de ses passions instinctives : jalousie, tromperie, illusions, altérité. Je ne veux pas me perdre en considérations inutiles, je n’ai pas plus à dire de cette mise en scène qui vaudra votre détour. Retrouver le plaisir du théâtre des origines, celui où le public s’exprime, s’offusque, se trouve surpris par les acteurs, est admiratif devant du véritable spectacle, spectacle vivant, qui l’aide à vivre justement. Abattons les murs des théâtre classiques, jetons nous à corps perdu dans les petits théâtres lieu de vie. Ne négligeons aucun moyen de vivre bien : le théâtre peut en faire partie.

 

« If Music Be the Food of Love »

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