Artiste Inculte : The Eighties Matchbox B-Line Disaster

Le meilleur groupe américain à guitare des années 2000 était anglais. The Eighties Matchbox B-line Disaster. Ces cinq cinglés rendus fous par l’ennui Brightonnien sont aux Cramps ce que les Cramps sont au rock, une série Z de série Z en somme, comme si Frankenstein avait copulé avec les MC5 en écoutant l’intégralité des Dead Kennedys.

Avant même que Horse of the dog ne commence, on sent l’huile et l’essence couler des amplis pour inonder le lino qui recouvre le sol. La basse se met alors à gronder, bien mise en avant, terrible, implacable. Premier accord de guitare et une étincelle fout le feu à la voix de McNight qui se met à brailler comme un vieux burrito à moitié bouffé. Et puis la batterie, furieuse et géniale, qui tient tout le disque à bout de bras. Celebrate your mother plante le décor poisseux duquel jaillissent les premières notes : une échoppe aux relents d’égouts et de sandwich au pastrami froid, des poubelles renversées aux milieux desquelles gît un chat crevé, noyé dans son vomi.



Les paroles sont absurdes, pleines à rats-bord d’une ironie salace qui sauve les chansons d’égarements métalleux condamnables.

So celebrate your mother
You’d celebrate your father if he’s sleeping with your sisters and your brother
And your mother
But you’re always late so today celebrate […]

I want to fuck your mother
It’s a dirty job but someone’s got to do it well
But please don’t tell your father
Cause I’ll fuck him as well



Chicken débute calmement, un petit gimmick de guitare, la lourdeur de la basse, puis Mc Night psalmodie et l’auditeur est aspiré dans ce trip hallucinatoire qui ne lui laissera aucun répit. Chicken colle un flingue sur la tempe du pauvre listenner ligoté sur une chaise par un Mister Blonde en costar-cravate à poids. Wack of Shit nous achève en nous tabassant à coup de cactus. Les cris possédés de Mc Night et les embardés riffiques sont à deux doigts de la torture, des soldats dégénérés ont probablement dû s’en servir pour faire péter la cervelle de détenus à Guantanamo. Psychosis Safaris s’occupe d’emballer notre cadavre dans une bâche plastique pour nous foutre dans le coffre d’une vieille Buick noire recouverte de flammes.




Psychosis Safaris. Cette chanson est complètement folle. 2.52 minutes au compteur mais elle trouve le moyen de rejouer sous mescaline la fête des morts mexicaine. Des crânes surgissent, leurs yeux pleurent une marée de sang qui bientôt prend la forme d’un paon immense, aux ailes de feu. Déchirée par un larsen assassin, ses plumes recouvrent le désert d’une brume rougeâtre qu’on est obligé de fumer à pleins poumons.



On se réveille dans une tombe, un mec tout droit échappé de El Topo nous jette un regard vicelard, un gros pilon d’amnesia à la bouche.

Ride is a city, with our song
Ride is a city, with our song
Ride is a city, with our song

Ce prêcheur du désert est en train de chanter notre oraison funèbre, tandis que le batteur tape comme un fou furieux pour enfoncer les derniers clous du cercueil et que le guitariste machette dans tous le sens. Les ruptures de rythmes nous enterrent et nous déterrent sans cesse, Mc Night brame comme un punk hardcore des onomatopées débiles ; sa voix de crooner des cavernes épileptique n’a rien à envier à la sauvagerie incestueuse des guitares.



Les cinq dernières chansons plongent au fin fond de la folie. Fishfingers va encore plus vite que Psychosis Safaris, entraînant, inéluctablement, une convulsion totale du corps sans vie de l’auditeur. Charge the Guns renvoie en une pauvre minute The Strokes et autres Kings of leon à ce qu’ils sont, des puceaux en jean slim. Team meat, sexy et louvoyante jusqu’au refrain-TNT, finit d’enduire le bon goût de cambouis et le crucifie joyeusement tout en haut d’un pylône électrique. On croirait se promener dans les rues du cabinet du docteur Caligari repeintes par Frank Miller.

I see you, On my wall, you’re a murderer

If you ever wanna speak to me
You’ve gotta look into my eyes…

Horse of the dog est donc un trip de fou, épuisant, chaque chanson s’amuse à faire des nœuds marins avec nos intestins. The Eighties Matchbox ouvrent les cadavres du psychobilly et du punk, farfouillent dans leurs entrailles à coup de manche de guitare et prédisent l’avenir du rock : faire saigner nos oreilles, toujours et encore.

The Eigthies Matchbox ont sorti cette année un nouvel album démentiel, moins foutraque, moins racé et frôlant parfois le ridicule et la grandiloquence des System of a DownBlood And Fire n’est pas disponible en France mais vous pouvez l’écouter sur Spotify.



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