Cette semaine, une série : Boardwalk Empire « The World’s Playground »

Boardwalk Empire, la nouvelle série de HBO (Sex and the City, Les Sopranos) produite par Martin Scorsese nous plonge au cœur d’Atlantic City durant la prohibition.

Ratifié en 1919, le 18ème amendement de la Constitution interdit la vente d’alcool sur le territoire américain. Il fut abrogé 14 ans plus tard, en 1933. Durant cette période trouble de l’histoire où la majorité du pays fut touchée par une crise économique sans précédent, une ville et un homme connurent la gloire et la richesse. Cette ville n’est autre qu’Atlantic City et cet homme, Enoch « Nucky » Johnson. En effet, grâce à ses connaissances au sein du parti républicain, ce chef de la pègre locale, pu faire de la ville côtière un refuge où l’alcool, les prostituées et le jeux étaient les maîtres mots. C’est à cette histoire qui l’a rendu célèbre que s’attaque Terence Winter, le créateur de Boardwalk Empire.

Doté d’un budget de 15 millions de dollars, le pilote est impressionnant en terme de reconstitution. On y découvre de nombreux extérieurs (chose assez rare à la télévision), une foule importante et des costumes d’époque. La recherche du détail est indéniable. Et la réussite de ce premier épisode réside essentiellement dans cette reconstitution. La réalisation est assurée par Martin Scorsese, qui n’a jamais vraiment été effrayé par les reconstitutions pharaoniques et dont les sujets de prédilection (la corruption, la violence, la gloire) sont ici largement abordés. Quiconque a déjà lu des interviews de Scorsese ou écouté les commentaires audio de ses films sait qu’il est une mémoire vivante des États-Unis. Ses connaissances historiques et sa curiosité envers les époques fondatrices de l’Amérique sont un véritable atout pour la série. Le premier épisode lui ressemble : beaucoup de travellings, du sang qui éclabousse sur la caméra et une musique de générique anachronique. C’est Scorsese. Et si la réalisation est à la hauteur, le casting l’est tout autant. Terence Winter a dit à de nombreuses reprises qu’avec Scorsese comme producteur exécutif il n’a pas eu trop de difficultés pour convaincre des acteurs expérimentés de rejoindre le casting. Steve Buscemi interprète Nucky de façon convaincante. Acteur versatile croisé chez les frères Coen, Tarantino ou encore dans Les Sopranos, son physique et son phrasé atypique apportent un charisme diffèrent à un personnage somme toute peu original. Les autres performances sont aussi très solides, en particulier celle de Michael Pitt qui joue l’ex-protégé de Nucky et Michael Shanon dans le rôle du très spécial Agent Van Auden, qui ajoute un nouveau rôle de psychopathe à sa collection déjà bien fournie.

Cependant, le premier épisode n’est pas sans défauts. L’excès est le principal. Il y a trop de personnages, de lieux, d’histoires qui s’entremêlent etc. Comme dans certaines saisons des Sopranos, il se déroule tellement de choses que l’on ne prend pas le temps de découvrir les personnages, de s’attarder sur leurs motivations et leurs sentiments, si on excepte ceux du personnage principal. Heureusement, dès le deuxième épisode les choses se tassent, et les personnages gagnent doucement en épaisseur.

Finalement, Boardwalk Empire impressionne plus par la forme que par le fond qui, pour l’instant, reste tout à fait banal et parfois un peu confus. Mais lorsqu’on regarde les dernières séries produites aux États-Unis, la plupart évoquent soit des familles de super héros soit des flics à Los Angeles. Boardwalk Empire apparaît dès lors comme quelque chose de plus exigent, de mieux écrit, de plus intelligent.  Et surtout, c’est l’occasion de revisiter une époque charnière de l’histoire américaine et d’avoir pour héros des gangsters en chapeaux. Avec ce programme, les américains n’en ont pas encore fini de s’intéresser à la pègre et aux figures les plus corrompues de leur histoire, comme si les gangsters représentaient pour eux des personnages sacrés.

 


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