Have gun will travel, voyage en Americana

« J‘écoute de la country ». Essayez dont de caser cette phrase en soirée, au milieu d’une discussion d’esthètes musicaux, et vous sentirez les regards pleins de pitié, les sourires gênés, l’ironique rictus, et bientôt la honteuse malédiction qui s’abattra sur votre famille jusqu’à la quinzième génération. Si vous vous en foutez et que vous assumez vos santiags, c’est une noble chose. Si cela vous fait peur, dîtes plutôt que vous écoutez de l’Americana.

L’Americana, et Have gun will travel, sont la bande-son d’une jeunesse américaine qui ne renie pas ses racines musicales. Une bande son à l’apparence de trains traversant les siècles sur des rails d’aciers et de pailles ; une bande son redessinant la silhouette de nos petites histoires à tous. Fort d’un premier album euphorisant publié en 2008 (Casting shadows tall is giant, en écoute sur spotify), le groupe vient de signer une merveille de country folk, le genre de galette magique composée par des gamins émerveillés devant les paysages dorés d’une Amérique en laquelle nous avons finalement tous envie de croire.

Les chansons de Postcards from the friendly city sont donc de grands enfants qui se promènent sur un pont reliant notre mélancolie de citadins esseulés aux souvenirs d’une vie où la musique se jouait tous les soirs et devant les porches de toutes les maisons. Toutefois, Have gun will travel, tout en traversant des champs mille fois labourés, arrivent sans mal à se forger une identité, à la fois orfèvres pop, ciseleurs de bois bruts et bouffeurs de foin acoustique fans de Neil Young et de Bonnie Prince Billy.


La véritable prouesse de Have gun will travel est ainsi de convoquer dans des mélodies ensoleillées toute l’histoire musicale des Etats-Unis, de l’arrivée des colons à la mort de Johnny Cash, sans jamais sentir le vieux. Si l’écriture est de dentelle, nous sommes bien loin du napperon. Les cordes des violons surannés restent tendues comme la poésie d’Hemingway, la voix brute et pourtant fragile de Matt Burke se chante entre les lignes de Tendre jeudi, les embardées mélodiques nous donnent encore envie de tracer la route. Have gun will travel évoque autant cette Amérique passée que nos amours estivaux perdus entre deux collines en feu ou deux rues vides d’une ville pourtant accueillante.


Tout en posant une ambiance americana cohérente, Postcards from the friendly city varie les saisons. Wolf in Sheperd’s Clothess, chanson mid-tempo à l’apaisement trompeur, fait penser à du Iron & Wine arrangé pour l’hiver. Have gun will travel sait aussi trousser des petites ballades bouleversantes, délicates et simples jusqu’à l’indécence. Salad days et Land of the livingsont de celles là : les guitares pleurent, le trémolo dans les cordes, et Matt Burke, formidable conteur, chante les histoires de sa ville Brandeton. Son & daughters of the Gilded Age est traversée de fulgurances lyriques bien plus émouvantes et galvanisantes que les hymnes va-t-en guerre bourrins d’Arcade Fire. S’orchestrent ensuite des road musics effleurant des paysages qu’on voit filer dans nos rétros (Kerosene & Candlelight). Et sur la route qui s’élance devant nous, s’emmêlent à des mélodies éméchées des odeurs de rosée coupée au whisky (The ballad of Asa Dalton, That Ol’ Death rattle). Unique couille dans le landscape, stratégiquement placée au milieu de l’album : Maritime Rag, chanson saloon au son étouffé qui tombe dans la citation vaine.



Rendons enfin hommage à la production de Postcards from the friendly city, riche, d’une grande finesse et chaleureuse de bout en bout. Autour d’une guitare folk, un banjo fait claquer ses bretelles, une contrebasse ondule avec élégance, un piano sautille, des violons renouvellent avec un talent et une insouciance pop les ritournelles des migrants irlandais qui chantaient la beauté joyeuse de l’Arkansas. Les chansons de Postcards from the friendly city ont pour elles le charme de leur sincérité et de leur jeunesse, contrairement aux albums d’autres countrieux alternatifs comme les Deer Tick ou les Felice Brothers.



En fin de compte, pour entendre des histoires aussi belles, pour revenir à l’enfance d’un pays et de sa musique, j’empoigne mon cuir, je fous de la paille dans mon callebute et je vais rejouer la ruée vers l’or version 2.0, les mains plongées dans les cascades de bons albums qu’on ne peut trouver qu’aux Etats-Unis. Malheureusement (il faut bien que le soleil de nous parvienne pas tout à fait) Postcards from the friendly city ne semble pas avoir de sortie prévue en France. Avant de l’avoir entre les mains, acheté et importé via Amazon, nous ne l’apprécierons donc que sur le myspace du groupe.

Allez, tous ensemble : « j’aiiimme la cooounnntry ».

4 thoughts on “Have gun will travel, voyage en Americana

  1. Les esthètes musicaux ?
    Les cons qui pensent savoir ce que c’est la musique en trainant sur des blogs et en écoutant des trucs supposés introuvables qu’internet te donne avant que tu le veuilles.

    Mais qui a besoin de se soumettre aux jugements de ces saloperies ?

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