« Le regard des autres » : Steve McCurry à la galerie Frédéric Got.

Sri Lanka, 1995 - Steve McCurry

Sri Lanka, 1995 - Steve McCurry

Enfin l’été ! Grand soleil, 25°, rien de tel pour aller s’enfermer dans les salles lugubres d’une exposition. Je prends mon temps, remontant la rue de Seine en flânant devant diverses galeries, m’arrêtant çà et là pour profiter de la douce brise d’un climatiseur en sur-régime. Je ne regarde pas les numéros de la rue, en me disant que je ne pourrai pas rater l’entrée. Et en effet, je ne l’ai pas ratée.

A peine un pied dans la galerie et le ton est déjà donné : on ne rigole pas. Choix commercial sans aucun doute, la jeune fille afghane m’accueille et me stoppe net. Ce regard perçant prend ici un tout autre sens car il faut le dire, en 152x102cm, c’est quand même autre chose que sur la carte postale de belle maman (ou sur un blog !). Le cliché m’entoure, me submerge au point d’oublier où je suis. La profondeur et la gravité de ces yeux contrastent à l’extrême avec le personnage, qui semble finalement me dire « tu ne sais rien, mais je te pardonne ».  Le cliché voisin lui ressemble fortement mis à part le regard, qui ne me scrute plus mais fuit à l’extérieur du cadre, me ramenant un instant à la réalité et m’incitant à poursuivre mon chemin, comme si je n’avais encore rien vu.


Afghan Girl - Steve McCurry

Afghan Girl - Steve McCurry

La magie de ces clichés a opéré. Je ne suis plus dans une galerie chic du 6ème arrondissement mais à l’autre bout du monde, face à des paysages et des êtres que je n’aurais surement jamais la chance d’admirer de mes propres yeux. Les photographies s’enchainent, alternant sans relâche entre portraits serrés et personnages dans leur contexte, sans à aucun moment me faire poser pied à terre.

Je ne peux m’empêcher de me dire que l’on frôle ici la perfection. Tout y semble si précisément calculé, mais un petit détail est toujours présent pour me rappeler qu’il s’agit bien là d’instantanés : du pur génie. Selon ma conception de la photographie, on assiste ici au photo-reportage par excellence. La composition et le sujet sont toujours intrinsèquement liés, ne prenant jamais le pas l’un sur l’autre mais au contraire, se renforçant subtilement. La maîtrise du mélange des couleurs, à l’équilibre quasi mathématique semblant suivre à la lettre la règle de Goethe, me donne le tournis. Là où tant de photographes humanistes n’ont fait que tremper un orteil de honte, de peur de se casser les dents, Steve McCurry y plonge magistralement. La couleur n’est pas cet élément perturbateur et tape-à-l’œil, mais bel et bien un outil habilement manié au service de la composition et du sujet.



Pul-i-Kumri, Afghanistan, 2002 - Steve McCurry

Pul-i-Kumri, Afghanistan, 2002 - Steve McCurry

Mais me voilà déjà au bout. L’expo est certes un peu courte, mais le rêve ne pouvait pas durer éternellement sans y laisser de sa superbe. Je ne peux m’empêcher de penser à ceux qui n’auront pas la chance de partir au loin dans les mois à venir. Ces clichés sont le moyen parfait pour voyager un peu, s’évader d’un Paris vidé par l’été. Les photos sont à la fois simples, efficaces et incroyablement étudiées. On ne perd pas des heures à analyser l’image comme on aurait pu le faire devant un cliché de Cartier-Bresson, avant de comprendre qu’il n’y a pas de secret derrière cette harmonie : le coup d’œil est inné. L’expo s’adresse donc à tout le monde, et probablement même plus à ceux désirant s’intéresser d’avantage à la photographie, même si tout le monde y apprendra une bonne leçon.

A admirer gratuitement jusqu’au 31 juillet à la galerie Frédéric Got, 35-37 rue de Seine 75006.

Steve McCurry Photography

Galerie Frédéric Got

Utar Pradesh , Inde, 1999 - Steve McCurry

Utar Pradesh , Inde, 1999 - Steve McCurry


2 thoughts on “« Le regard des autres » : Steve McCurry à la galerie Frédéric Got.

  1. Ping : Steve McCurry à la galerie Frédéric Got, Romain Gary au Panthéon et l’album estival de The Terror Pigeon Dance Revolt (semaine du 28 juin) « Moustache

  2. Je possède le calendrier 2001 du National Géographic.La 1ère photo est celle de la jeune Afghane prise par Steve MCcurry.Quelle valeur a ce portrait,par curiosité?

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