Albums de l’été, part two : The Terror Pigeon Dance Revolt !!!

Est-ce qu’un nom à rallonge et complètement absurde suffit à faire un bon groupe de rock indé ? Evidemment que oui. La preuve, encore une fois, avec la deuxième génialité musicale de cette fin de printemps : « I love you ! I love you ! I love you and I’m in love with you ! Have an awesome day ! Have the best day of your life ! », première palpitation de la fanfare new-yorkaise The Terror Pigeon Dance Revolt. (Voir le premier article consacré à Ariel Pink’s Haunted Graffiti)


«De la bouche au sphincter».


Cet album est conçu comme une grosse blague, un bordel ridicule et outrancier, une insulte jetée à la face du bon goût.

J’en veux pour preuve la pochette. Une spirale de visages hallucinés d’une laideur abyssale et totalement cheap, avec le titre en mode artwork version Word 95. Un immense grouphug totalement louche. Une espèce de secte complètement chirdée, des cheveux pailletés jusqu’aux doigts de pieds, et qui ferait passer Kevin Barnes et ses Of Montreal pour Christine Boutin. Pas de doute sur la véritable nature de ce collectif entièrement dédié à l’amour. Si l’on regarde bien, le mec en bas à droite est très probablement en train de se faire sodomiser.



Les paroles sont elles aussi d’un raffinement qui ne masque que très difficilement le but ultime de cette chorale : « These are my neighbors neighbors ! Oh fuck what you’re told! We don’t have to grow old ! I don’t care what dad’s say ! Cause today’s our snowday ! », ou encore : “I love you ! This world is a thousand times better because your Mom and Dad fucked each other.”

Une fanfare de pigeons donc. Une fanfare qui envisage d’abord la musique comme un moyen de s’éclater et de faire l’amour à nos oreilles. Une grande rave party euphorique où on se balance à la gueule des coussins remplis de pilules de LSD. Le groupe s’est d’ailleurs fait connaître en multipliant depuis deux ans les happenings participatifs, faisant de leurs concerts des moments de délicieuse anarchie où tout peut arriver.



La recette musicale est éculée. Deux notes d’un synthé sautillant jouées en boucle, une batterie lancée à toute allure, un chœur halluciné beuglant des obscénités. Parfois, une trompette trompète et une guitare passe incognito. il y a même un saxo qui, faut bien le dire, ne sait pas trop ce qu’il vient foutre ici. Enfin, le gourou de la bande et chanteur principale, Neil Fridd qui réussit l’exploit de chanter faux à peu près tout le long de l’album.

Baser ainsi l’album sur une même chanson brouillonne et inachevée, cela peut paraître d’une navrante facilité. Sauf que. Sauf que cela requiert une science de la disharmonie et du fol équilibre qui est tout sauf évidente. Il faut arriver à trouver cet endroit exaltant où le très est sur le point de tomber dans le trop, où une alchimie se crée mystérieusement pour faire tenir ensemble tout ce bordel hétéroclite. The Terror Dance Pigeon Revolt en offre l’illustration parfaite, mais en déraisonnant par l’absurde. Si, par un miracle que n’aurait pas renié la Boutin, toutes les chansons tiennent debout et arrivent à leur terme sans se casser la gueule, My Favorite Hair est un vautrage dans les règles. Un désastre. A première vue, cette chanson se calque parfaitement sur les autres morceaux de l’album sauf que là, rien ne va, et cela s’entend. Le batteur est complètement hors-sujet, le synthé est proprement exaspérant, Neil Fridd éructe comme une hyène sous champis.

« I love you ! I love you ! I love you and I’m in love with you ! Have an awesome day ! Have the best day of your life ! » est donc un album pour faire la fête avec une jouissive insouciance.



Et pourtant, au détour d’une énième boucle de synthé, quelque chose d’inattendu arrive. Une énergie hallucinante prend possession de vous et sonne la révolte. Vos poumons s’emplissent d’un souffle qui déborde ensuite dans tout votre corps, réalisant un parcours très précis et en même temps totalement confus, exaltant chacun de vos organes. Les chansons Snake Bites et Fast Forward Regrets sont des modèles du genre : vos jambes commencent à remuer imperceptiblement, puis ce sont vos hanches qui oscillent, vos fesses font de l’épilepsie, vos reins se jettent furieusement l’un contre l’autre, votre cœur grossit jusqu’à faire sauter tous les verrous de votre cage thoracique, tous vos muscles tressaillent sous l’assaut des dissonances, le cartilage entre en ébullition, votre sexe double de volume et voilà finalement votre cerveau qui fond. A l’extérieur, rien ne paraît, à l’intérieur tout est inlassablement révolutionné. Quelle est cette force qui s’empare de nous ? La joie, tout simplement. Une joie immense.



La double structure des chansons y est pour beaucoup : les boucles répétitives et les mêmes paroles scandées permettent au flux de passer et de repasser sans cesse ; le crescendo quasi-systématique permet à l’excitation de monter jusqu’à ce que le corps explose (de joie) en fin de morceau.

Après, je peux faire le beau parleur et jouer de la biscotte, c’est bien Novarina qui a le mieux chroniqué cet album et célébré avec le plus de ferveur la puissance pneumatique de cette musique : « Respirez, poumonez ! Poumoner, ça veut pas dire déplacer de l’air, gueuler, se gonfler, mais au contraire avoir une véritable économie respiratoire {musicale}, user tout l’air quon prend, tout l’dépenser avant d’en reprendre, aller au bout du souffle, jusqu’à la constriction de l’asphyxie finale du point, du point de la phrase, du poing qu’on a au côté après la course » (Lettre aux acteurs).

Toutes les videos sur http://theterrorpigeondancerevolt.com/video.html

2 thoughts on “Albums de l’été, part two : The Terror Pigeon Dance Revolt !!!

  1. Ping : Steve McCurry à la galerie Frédéric Got, Romain Gary au Panthéon et l’album estival de The Terror Pigeon Dance Revolt (semaine du 28 juin) « Moustache

  2. Très bonne analyse ! J’suis tombée sur leur myspace, parce qu’ils ont une date à Paris avec Yuck, un groupe que je voulais voir en live..J’ai écouté et c’est complètement dingue haha. C’est un truc que t’écoute sur le moment pour l’énergie des chansons, pas pour la musique..
    Ca peut finir par lasser en effet, mais c’est assez fun ! : )

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