Albums de l’été, part one : Before Today de Ariel Pink’s Haunted Graffiti

Est-ce qu’un nom à rallonge et complètement absurde suffit à faire un bon groupe de rock indé ? Evidemment que oui. La preuve avec les deux génialités musicales de cette fin de printemps, le nouvel album du taré californien Ariel Pink et la première livraison de la fanfare new-yorkaise The Terror Pigeon Dance Revolt (article à lire la semaine prochaine).


Fuck Me Tender


Ariel Pink a enregistré un nombre incalculable de morceaux, dont la plupart sont probablement perdus ou alors croupissent dans la remise d’un disquaire miteux de Los Angeles. Des vingtaines de cassettes, quelques albums qu’il enregistre tout seul dans sa chambre, jouant (mal) de tous les instruments. Artiste culte en Californie, il a été, contre son gré, proclamé pape du renouveau lo-fi qui contamine aujourd’hui la côte ouest. Je dis « contre son gré » car ce raz-de-marée lo-fi est souvent le résultat d’un manque de créativité de musiciens qui cachent leur misère en salopant leur son. Alors que composer de bonnes mélodies lo-fi nécessite, si ce n’est de l’exigence, tout du moins un certain génie. Certains ont eu ce génie (Neutral Milk Hotel, Guided By Voices, R. Steevie Moore, Sebaho…), Ariel Pink entretient crassement la flamme.



C’est dit, on vous vendra cet album comme un exercice lo-fi. Et on se trompera probablement. Car Before Today est une immense œuvre soft-rock, à la production propre et aux mélodies délicieusement tordues. Du Fleetwood Mac graveleux en somme (l’hymne Round and Round).



Cet album a l’esthétique des films érotiques des années 70, le kitsch émoustillant des Orgies de Caligula (la chanson Beverly kills), le mauvais goût grivois des films de Jesus Franco (Fright Night serait une B0 parfaite pour le psychédélique Lesbos Vampyros), l’absurde sensualité et le second degré de ce film dont j’ai oublié le nom et qui se termine par une scène d’anthologie où des jeunes filles, dans la cave de leur pensionnat, se livrent nue à une bataille de légumes (Reminescences). Et puis on ne m’ôtera pas de la tête que la pochette fait un peu « The Ramones vont aux putes ». Le Before Today, c’est quoi à part une maison close ?



Before Today est donc d’un esthétisme douteux, comme si un léger voile rose s’intercalait entre les chansons et nos oreilles. Les guitares sont claires, les rythmiques feutrées, les falsettos putassiers, les choeurs léchés, la basse est hyper groovie et  les synthés ont une pure sonorité FM.

Car ce que réussit ici Ariel Pink, c’est bien un parfait album FM. Des chansons comme Bright Lit Blue Skies ont un refrain impeccable fait de chœurs tous polis et faussement ensoleillés et de petits riffs de guitares sagement funky.


Et arriver à faire une chanson aussi mièvre en l’appelant Menopause Man, qu’est ce sinon du génie ? Je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous ce pur moment de poésie malsaine et totalement burlesque :

« Make me Maternal, fertile woman,

Make me Menstrual, Menopause man,

Rape me, castrate me, make me gay,

Lady, I’m a lady from today. »

Sous leurs jolis atouts et leur aspect lisse, les chansons de Before Today arrivent à créer une ambiance poisseuse et déviante. Dans une mélodie toute tracée, Ariel Pink arrive toujours à glisser de l’étrange. Souvent, tout se passe en arrière plan, derrière l’évidence mélodique : on entend un singe crier, une femme jouit en entendant les guitares tordues et traînantes de ButtHouse Blondies, incessamment des bruits traversent les chansons et les parasitent.



D’ailleurs, les structures des mélodies troussées par Ariel Pink, sont-elles si évidentes que ça ? Les chansons sont faites de ruptures, de virages inattendus, empilant les bouts de morceaux, les références et les époques, tout s’unifiant finalement grâce à la singularité du son qu’Ariel Pink a mis dix ans à forger. ButtHouse Blondies commencent par un déluge de guitares grunge, se calme, émerge alors une voix caressante à la Marc Bolan, puis une voix de crooner d’outre-tombe prend le relais avant que la lourdeur de guitares saturées achève salement la chanson. Little Wing est un hommage explicite et non censuré à Bowie période berlinoise, compilant en un morceau tout Low. Enfin, Suicide hante un Revolution’s a Lie cold-wave invocant à nos risques et périls le spectre d’un Frankie Teardrop en plateform boots.

La musique d’Ariel Pink est donc bizarre, séduisante et dérangeante, parfaite bande son d’un lupanar kitsch et glauque. Devant le Before Today, ce n’est pas une putain que nous apercevons mais une étrange silhouette rose, à l’identité trouble, mi-homme mi-femme, un spectre surgi de l’underground et mariant les fantômes d’un rock obsédant et lubrique.


One thought on “Albums de l’été, part one : Before Today de Ariel Pink’s Haunted Graffiti

  1. Ping : Vanités des vanités, encore des vanités ; Before Today de Ariel’s Pink Haunted Grafiti et la tournée CSP+ de Matthieu Chédid (semaine du 21 juin) « Moustache

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