Playlist électro. 40°C à l’ombre et dans la musique, la dansante douleur.

Vous n’êtes pas obligés de lire ces lignes, vous pouvez vous contenter de danser en écoutant la playlist, c’est largement suffisant. À écouter sur Grooveshark ou Spotify.

 

Le mainstream est une chose merveilleuse. Du moins quand on sait l’utiliser.


Mainstream.

Pas un article intello qui ne dresse à bout de bras le modèle de la contre-culture (on n’a pas peur des paradoxes) pour se défendre contre cet avatar culturel du grand démon américain, le mainstream. A la base, le mainstream est un courant de jazz, initié par plusieurs musiciens voulant rendre accessible une musique trop expérimentale, trop folle, trop radicale.

Le terme a dérivé, et cette volonté de rendre accessible a pris la tournure des mauvais jours : le mainstream, c’est le calibrage que doit subir toute ouvrage culturel afin de plaire à la masse ; c’est la production consensuelle et formatée, prête à jeter, destinée au seul amusement. Musicalement, le mainstream, c’est toute cette daube qui sert, de prêt ou de loin, à bouger son cul sur un dancefloor.



Mais, il faut nous en convaincre, l’électro peut emprunter le chemin direct du mainstream pour le tordre et faire passer quelque chose comme un mal être. Que l’on parle aujourd’hui de punk funk, de disco, de house, de dance music ou d’électro rock, les bonnes chansons sont celles qui pénètrent comme un poison dans notre corps et dans notre esprit malade. Que l’on parle des ritournelles sautillantes de Metronomy ou de la dance aqueuse de Caribou, le résultat est là, inévitable. Un autre parfait exemple vient avec The Yeah Yeahs Yeahs et leur récente métamorphose en machine à danser vintage. En revenant au bon gros son de synthé, leur musique devient plus moite, plus dérangeante, plus sexy et plus contagieuse que tous les hymnes punk rock qu’ils avaient composés jusque là.


L’électro doit être une invitation sucrée et insouciante à la débauche.


Un cheval de Troie easy listenning et puissamment addictif : Late On The Pier, et son synthé écœurant et moche, ou encore LCD Soundsystem et son New Order à l’apparence aseptisée, sont autant de moyens d’exciter notre libido. Fucking around with your mind ! (Heartbeat).




L’électro doit pousser à la schizophrénie.


La folie, encore aujourd’hui, est rejetée aux marges de la cité.  On n’est pas encore sorti de l’Histoire de la folie à l’âge classique ; cette incarnation radicale et excessive de l’altérité, on préfère la regarder de loin, comme une maladie contagieuse, afin de s’assurer que c’est bien la Raison qui règle nos vies et nos envies. Un remède pour réinscrire la folie au centre du cercle des danseurs ? Dan Deacon qui, avec son electro-house épileptique, nous balance ses beats à une cadence extatique et nous ravage la tête.


L’électro est la seule façon de rendre fou.


Sans que l’auditeur s’en rende compte, ou alors, quand il s’en rend compte, il est déjà trop tard, il n’est plus tout à fait lui-même. Et le meilleur moyen, c’est d’utiliser les couleurs du mainstream pour avancer masqué, pour paraître innocent et sans risque. Prenez One life stand d’Hot Chip. A la première écoute, c’est du déjà entendu. La voix, au début inexpressive, les ficelles musicales, plus qu’éculées, grossières et lisses. Et pourtant, force est de constater que la musique d’Hot Chip sont des hymnes à la frustration et au dégoût de soi. Pour moi, c’est là que réside la plus grande beauté.


Le génie electro, c’est de faire passer du

Suicide pour du Black Eyed Peas.


On se dit : c’est rien, c’est juste pour danser. On s’amuse. Sauf que la danse est précisément ce par quoi la folie s’insinue. On danse pour voir abdiquer notre raison et pour laisser notre inconscient s’exprimer à travers notre corps dont la maîtrise nous échappe. La danse est l’apanage du dionysiaque, le danseur rejoint le cortège des ménades, ivres de sons, de vin et de débauche et qui mettent en pièce quiconque est encore humain. L’electro n’est alors que violence et doit, avec douceur, nous percer les tympans : Intimate (Crystal castles).




L’électro est une chatoyante pulsion morbide.


Comme la musique de Hercule and love affairs, qui nous fait danser sur l’infinie tristesse d’un Antony disco et chantant une identité trouble dont on ne prend conscience qu’une fois la chanson tout entière dans notre corps. On veut éprouver notre vie jusqu’au bout, je veux danser jusqu’à m’écrouler, expérimenter ma vie à son paroxysme. Voir jusqu’où elle va. Et donc, inévitablement, au détour d’un morceau de The Avalanches, tomber nez à nez avec ma mort en forme de boule à facette.

À écouter sur Grooveshark ou Spotify.


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