Le mystère du bouquet de rose : Quand c’est trop lisse, ça glisse

Le mystère du bouquet de rose est un spectacle sympa. Ni plus, ni moins. C’est peut-être une des pires choses que l’on peut dire d’un spectacle de théâtre : qu’il ne fait ni chaud, ni froid. Il conforte le spectateur dans la tiédeur de son fauteuil. Il a pourtant des qualités manifestes. Les actrices, par exemple, ont un jeu remarquable. Très juste, sincère, et d’une très grande simplicité. Le décor de la chambre d’hôpital est lui-même très sobre : un lit au centre, une table de chevet, une table basse, deux chaises… Le minimum sans être minimaliste. Tout est lisse, bien pensé, bien conduit… Mais sans aspérité. A aucun moment le spectacle ne décolle, à aucun moment il ne devient une expérience pour le spectateur. Jamais celui-ci ne restera accroché à la représentation.


De l’art de ne pas se mouiller

Deux femmes qui se rencontrent dans l’espace vide d’une chambre d’hôpital. C’est le sujet principal de cette pièce montée par Gilberte Tsaï au théâtre de Montreuil. L’une, vieille, interprétée par Christiane Cohendi, est hypocondriaque dépressive, et a élu domicile dans cette chambre. L’autre, infirmière plus toute jeune et mystérieusement triste que joue Sylvie Debrun. Le duo fonctionne bien, il n’y a vraiment rien à redire là-dessus. Malheureusement, de bonnes actrices ne suffisent pas à elles seules à faire décoller un spectacle.

Celui-ci consiste en fait à nous faire entrer dans l’intimité de cette rencontre. Par l’humour d’abord. La vieille femme martyrise son infirmière tout en l’aimant un peu. Elle devient par moment attendrissante car elle se sait cruelle, et ne demande en fait qu’à être remise à sa place. Le texte se fait alors piquant, espiègle, et frais.


Dans la zone inconsciente du spectacle

Le spectateur est également conduit dans cette intimité lorsqu’il accompagne les deux femmes dans leurs rêves. L’histoire se fige alors, la lumière change pour signifier ce passage. Elle se teinte alors vivement de rouge ou de bleu. Le décor se trouve déréalisé. L’angle de la chambre d’hôpital s’ouvre pour laisser entrer les fantômes du passé comme la mère de l’infirmière ou la sœur de la vieille femme qui planent sur le présent. C’est moins alors un rêve qu’un retour sur la vie des personnages qui est donné à voir. Le spectateur se trouve alors dans la zone omnisciente de la pièce. Il sait plus de choses que les personnages et cela doit le conduire à l’empathie. Ça fonctionne. Parfois. D’autres fois, c’est réellement insuffisant.



Ça ne suffit pas parce qu’il n’arrive rien sur scène. L’évènement est le grand absent de cette pièce comme de la mise en scène. Deux femmes se rencontrent et puis quoi ? Elles passent de la défiance réciproque à l’estime mutuelle ? C’est tout de même faible comme métamorphose. Un film du dimanche soir aurait le même niveau de performance. Un bon moment en somme, mais qui s’oublie vite. Gilberte Tsaï a peut-être oublié de faire une mise en scène de la pièce de Puig, c’est-à-dire de donner une véritable position sur le texte. Elle a dirigé ses actrices et elle l’a remarquablement bien fait, mais scéniquement elle n’a fait qu’accompagner de manière plus ou moins simpliste un texte qui se voulait d’abord simple et humain. La mise en scène n’est pas seulement de la direction d’acteur mais doit constituer une prise de risque que Gilberte Tsaï ne prend pas. Elle reste dangereusement au bord, sur la partie lisse du texte, évite les aspérités des personnages qu’on aurait souhaité pouvoir agripper.


La parole aux accusés

Cependant, en parlant avec la metteur en scène, on se rend compte que cette superficialité était un parti pris. Elle a d’abord voulu rendre son émotion du texte et la faire partager à un large public, mission tout à fait louable quand on sait qu’elle dirige un théâtre public dont l’objectif n’est pas d’attirer le spectateur parisien, friand d’expériences paroxystiques, mais au contraire les personnes qui vivent à Montreuil et dans les environs. Elle a aussi été touchée par les femmes latines de Puig qui, se rencontrant dans leur solitude respective finissent par reprendre goût à la vie ensemble.


Leurs vies et leurs rêves se trouvent livrés comme des tranches de vie dans une lumière qu’elle a puisé chez des peintres comme Jacques Monory. L’atmosphère est, elle, nourrie du discours que les deux femmes tiennent sans cesse sur la mort avec une vitalité et une énergie incroyable. Le public, qui se trouve au niveau du plateau, presque sur scène quand on se trouve au premier rang, est ainsi immergé dans une atmosphère plutôt intimiste. Le projet était prometteur, malheureusement la pièce de Puig ne portait pas en elle-même assez de matière pour pouvoir faire un beau spectacle, malgré la nourriture qui lui a de toute évidence été apportée.



Le Mystère du bouquet de roses de Manuel Puig, traduction et mise en scène Gilberte Tsaï avec Christine Cohendy et Sylvie Debrun. Scénographie Laurent Peduzzi, lumière Hervé Audibert, son Bernard Valléry, costumes Cidalia Da Costa. Durée 1 h 40. Nouveau théâtre de Montreuil/CDN, jusqu’au 18 février et du 15 mars au 15 avril 2010.

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