La débâcle du sport français

Aux derniers Jeux Olympiques d’hiver, l’équipe de France de ski alpin n’a remporté aucune médaille. Pourtant, la France possède le domaine skiable le plus étendu au monde. Cherchez l’erreur. En tant que loisir, le sport se porte bien. Mais il ne tient pas la distance à haut niveau. Pourquoi ? Voici quelques éléments de réponse.

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L’absence de professionnalisation 

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Aujourd’hui, être sportif de haut niveau est un métier comme un autre. Du moins dans certains pays. En France, le sport est quelque chose de noble, fait en amateur. Le décalage avec les autres pays est énorme. La plupart des sportifs français sont obligés de travailler à mi-temps pour vivre de leur passion. Ainsi, jusqu’en 2008, date à laquelle il a remporté son titre olympique, Alain Bernard travaillait comme gendarme, un des rares corps de métiers à faciliter la vie des sportifs. Mais pour un Alain Bernard qui arrive à conjuguer entraînement et travail il y a mille autres nageurs qui doivent quitter la compétition plus jeune qu’à l’accoutumée, faute de financement. Si on excepte certaines disciplines, notamment collectives (football, rugby, basket-ball…), la plus part des sportifs français ont du mal à joindre les deux bouts. Quand on voit Roman Mesnil, vice champion du monde de saut à la perche 2007, se promener nu dans Paris, perche à la main et chercher des sponsors lors d’une vente aux enchères sur ebay, le tout pour pouvoir continuer sa carrière, on ne peut que se poser des questions quand à l’absence d’accompagnement financier des athlètes.

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La peur de gagner

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Autre élément de réponse, les français sont souvent atteints de ce qu’on nomme communément : la peur de gagner. Depuis toujours, beaucoup d’entre eux sont victimes de défaillance mentale à l’entrée des grandes compétitions. Exemple marquant des ces derniers mois : Brian Joubert, champion du monde de patinage 2007, présent sur tous les podiums mondiaux et européens depuis 2004, prétendant au podium olympique et qui finit à une abyssale 16ème place aux derniers JO. Il dira en interview qu’il était prêt physiquement mais que les JO n’étaient pas fait pour lui. Quand on est sportif de haut niveau c’est quand même bête. Comme l’a dit David Douillet à la suite de la débâcle des judokas français à Pékin, quand on est champion du monde en titre même une troisième place n’est pas suffisante. Etre là pour participer c’est bien, gagner c’est mieux. Sinon on peut venir en touriste, ce n’est pas interdit.

Le problème est qu’en France, on se satisfait d’un rien lorsqu’il s’agit du sport. Aucun tennisman n’a gagné de grand chelem depuis Yannick Noah en 1983 et tout ce que l’on retient des commentaires, ce sont les douze garçons présent dans le top 100 mondial. Le deuxième plus gros contingent après celui de l’Espagne. On pourra objecter que la France, à la différence de l’Espagne, ne compte pas Rafael Nadal dans ces rangs, mais cela n’explique pas la méforme des français dans les tournois majeurs. Presque tous les joueurs de ce fameux top 100 ont été de très bons juniors. Pourtant, arrivés sur le circuit pro, beaucoup d’entre eux coulent. Célèbre cas : Richard Gasquet, principal concurrent de Nadal en junior ; il a remporté en 2002 les tournois junior de Roland Garros et de l’US Open. Aujourd’hui, il est plus connu pour la cocaïne que pour ses exploits tennistiques. Comment expliquer qu’avec un tel vivier les tennismans français n’y arrivent pas? Il n’est, ici, pas question de manque de talent ou d’argent mais tout simplement d’un manque de motivation évident.

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Les fédérations

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Les fédérations françaises de sport sont gérées d’une façon médiocre. Entre incompétence des présidents et malversations en tout genre, les dirigeants ne font pas leur travail correctement. Et dans ce domaine aucun sport n’est épargné. Par exemple, Christian Bimes, ancien président de la très puissante Fédération Française de Tennis fut condamné pour abus de confiance l’année passée. On peut aussi évoquer le cas de Didier Gailhaguet. Mêlé au scandale des Jeux Olympiques de 2002, il aurait exercé des pressions sur certains juges dont Marie-Reine Le Gnougne, dans le but de favoriser le couple français Anissina/Peizerat. Après enquête, il est exclu en 2004 par la Fédération Internationale de Patinage pour trois ans. Cette affaire ne l’empêche pourtant pas d’être encore aujourd’hui le président de la Fédération Française des Sports de Glace. Dans de telles conditions, diriger convenablement une fédération paraît bien compliqué. Malheureusement, Didier Gailhaguet n’est pas  un cas isolé.


Les médias

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Pour illustrer la médiocrité des journalistes, on évoque souvent les journalistes politiques. Mais les journalistes sportifs ne sont pas en reste.   En France, l’Équipe fait la pluie et le beau temps. Seul quotidien sportif français, il compte en moyenne 12 pages sur le foot, quatre sur le rugby et dix pour tous les autres sports. Dans leurs feuillets on ne critique jamais les joueurs, toujours les entraîneurs, on ne fait pas la promotion de certains sports et on ne parle pas de ce qui fâche. Tous les dix ans ils choisissent un bouc-émissaire, Aimé Jacquet en son temps ou maintenant Raymond Domenech. Vampirisés par l’association (ou plutôt le lobby) France 98, l’Équipe mais aussi de nombreux autres médias, sont en partie contrôlés par l’association des anciens champions du monde. Leur but est de discréditer continuellement l’entraîneur des bleus. Pourtant, leurs manœuvres sont très rarement remises en cause. Et si elles le sont, ce sont par les joueurs ou par certaines grandes gueules que l’on refuse d’écouter. Jamais la critique ne vient des journalistes, trop attachés à leurs consultants star: Bixente Lizarazu ou Christophe Dugary par exemple. Évidemment, il n’est plus à prouver que Raymond Domenech n’est pas un bon entraineur. Il communique mal et l’équipe de France, sans doute par sa faute, n’est pas au niveau. Mais la fédération l’a choisi et il se trouve en place jusqu’en juillet prochain, que Zidane et ses amis soient heureux ou non. Fin du débat. Qu’ils cherchent à placer leur pions, entendons Deschamps et Blanc, en vue de la succession à Domenech est une chose, mais qu’ils critiquent constamment et qu’ils perturbent le fonctionnement de l’équipe en est une autre. Les anciens champions sont en fait inattaquables. Difficile pour les jeunes de se faire une place ou de prouver quoique ce soit.

En réalité, le problème du sport français est global. Le réservoir est là, le nombre de licenciés dans les sports majeurs est parmi les plus importants d’Europe. Mais les problèmes perdurent. Le sport moderne est un mélange de talent, de motivation, de condition physique et de moyens financiers. Une majorité de nos sportifs n’arrive pas à conjuguer tout ça. Et quand, miraculeusement, ils y arrivent et qu’ils ne sont pas footballeur alors les médias se taisent. Le meilleur exemple aujourd’hui est celui de l’équipe de France masculine de handball, championne olympique, championne du monde et championne d’Europe en titre dont on ne parle malheureusement que deux jours par an.



3 thoughts on “La débâcle du sport français

  1. Ping : Britpop, Sport, & 3 classiques du rock indépendant (semaine du 2 mai) « Moustache

  2. par quel miracle Guy Forget arrive à se maintenir à son poste avec les résultats lamentables des joueurs français depuis des années ? Il est étonnant que personne ne le remette en cause comme dans les autres sports… aurait’il un secret?

    • Guy Forget est en fait seulement en charge de la Coupe Davis, il n’est donc pas responsable de tous les joueurs français. Mais en effet, à la vue des problèmes que rencontrent les athlètes, (aucun français n’étaient présents en deuxième semaine de RG) on peut se demander comment certains gardent leurs postes. Guy Forget, lui, enchaine les mauvais résultats en Coupe Davis. Sans doute qu’aucun n’a vraiment envie d’occuper le poste et puis il est sympathique et dans le monde très policé du tennis c’est primordial.

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