Vitaa, une fille pas comme les autres (article sponsorisé)

Charlotte Gonin, plus connue sous le nom de Vitaa (avec deux « a »), est une chanteuse de r’n’b française. Née en 1983 à Mulhouse, elle grandit dans la région lyonnaise. Dotée d’une personnalité à fleur de peau, Charlotte est forte et généreuse. Une artiste au talent exceptionnel. Sans égal. Inévitablement, elle attira très vite l’attention des plus grands. C’est ainsi qu’à seulement 23 ans elle accédait à la reconnaissance unanime de la critique et du public.

À une époque où le premier publicitaire venu pare la moindre babiole des oripeaux de la révolution culturelle, il faut savoir séparer le bon grain de l’ivraie. Certes, nous connaissons Vitaa – qui n’a pas eu vent de son éclosion artistique, si récente soit-elle ? – mais avons-nous réellement saisi la singularité évanescente de son style ? Ne souhaitant pas mourir idiot, je visionnais donc, sur les conseils d’un ennemi ami, les clips illustrant (et complétant, car il ne s’agit pas de simples illustrations, comme nous le verrons) les œuvres de Charlotte.

Comme à la télé


Avant tout, ce qui frappe l’œil et l’oreille, c’est le monde que Charlotte peint sous nos yeux. Ce monde, c’est sans doute celui d’une bonne partie de l’Occident. C’est aussi celui dont rêve le reste du monde. C’est un monde de lumières artificielles, de vies belles « comme à la télé », de sonneries téléchargées sur téléphone portable. Ces téléphones qui, magnifiques bijoux technologiques, donnent souvent aux trajets en métro un goût si particulier (sans parler de l’odeur, mais ça n’a rien à voir), lorsque leurs généreux propriétaires gratifient la collectivité des bienfaits de leurs charmants Poum Poum Tchaks.

Entrons plus profondément dans son univers avec le clip de « A fleur de toi », chanson extraite de l’album du même nom – son premier – sorti en 2007 et certifié disque de platine (400 000 exemplaires vendus). Comme quoi, qualité et quantité ne sont pas nécessairement incompatibles, n’en déplaise aux snobs élitistes et jaloux, qui méprisent le peuple et les jeunes, se complaisant dans l’écoute d’albums inaudibles qui n’intéressent personne.

Enfin, trêve de plaisanteries : voici l’œuvre.


Dans son lit immense, Charlotte n’arrive pas à trouver le sommeil. Elle est tourmentée. La rupture, le manque, le fantôme de l’amour toxique auquel elle a renoncé. Depuis la baie vitrée d’un appartement haut perché d’une ville industrialisée quelconque, elle contemple la nuit. La nuit du monde bien sûr, la sienne aussi. En parallèle, une moto de grosse cylindrée – la moto du souvenir de l’autre – fend l’air dans un tunnel. De flashbacks en plaintes dans le noir, la moto paraît, disparaît, réapparaît. Le souvenir persiste. S’ensuit un moment éphémère qui en dit long : Charlotte chante depuis le siège passager d’une Porsche, sur fond de ville froide, rectiligne et embuée. Puis le contraste, une lumière chaude lorsqu’apparaît l’amour qu’elle peine à oublier. Notons l’adéquation subtile entre l’éclairage, la météo et les états d’âmes de Charlotte (au bord des larmes quand il pleut etc.). Plus loin, en robe de soirée sur fond de violon : « J’essaye de t’oublier avec un autre / Le temps ne semble pas gommer tes fautes / J’essaye mais rien n’y fait je ne peux pas, je ne veux pas« . Puis réception, champagne et soudain, la lumière s’éteint… Devant cet Everest émotionnel, on laissera au lecteur le soin de continuer la description, s’il en a la force. Ce titre appelle une foule d’interprétations diverses, de lectures concurrentes qui pourtant n’en épuiseront jamais le sens. Charlotte sait trouver les mots justes. Exprimer l’inexprimable. Sans jamais trop en faire. On se contentera de rapporter ce qu’elle a déclaré au très respecté Planète Rap Mag (interview disponible ici) : « Dans la vie, il y a des gens que tu rencontres, qui te font du mal et tu n’as parfois pas la force de passer à autre chose. Le clip est vrai, chronologiquement ça s’est passé comme ça. Depuis on est en bons termes, je ne sais pas s’il comprendra que c’est pour lui. Je n’ai pas écris ça par méchanceté, je ne suis pas machiavélique c’est ma vie et c’est ce que je ressens. C’est spontané et sincère ».



Une fille pas comme les autres


Charlotte a bien compris que si tout le monde est unique alors personne ne l’est. Elle revient donc avec un deuxième album pour opérer un renversement radical. Oui, c’est une fille pas comme les autres. C’est sa manière à elle, infiniment subtile, de nous dire qu’elle est comme tout le monde. Elle aussi rêve devant Plus belle la vie, Michel Drucker et le tambour de la machine à laver. C’est dans ces moments que Vitaa sait être la plus touchante. Lorsqu’elle se révèle et qu’elle nous révèle. Qu’elle tend un miroir à sa génération.

Dans son deuxième album, sorti fin 2009 et intitulé Celle que je vois, un titre retiendra l’attention : « Une Fille Pas Comme Les Autres ».


Vocoder, mallettes qui s’échangent, espionnage industriel, poses lascives. Il y aurait tant de choses à dire. Ce clip impressionne. On conseillera de lire les paroles à ceux dont l’oreille n’est pas habituée à étendre le chant de notre sirène : « Toujours, pas de celles qui fument, qui boivent pourtant / J’assume ma grande gueule que ça leur plaise ou pas / Dis moi, suis-je ici pour plaire à tous ceux qui n’en ont rien à foutre / De moi, je ne pense pas et puis ça change quoi ? ». Du grand art.



Une artiste qui dérange


Charlotte n’hésite pas à utiliser l’imaginaire insignifiant que porte à bras le corps l’industrie du divertissement, MTV en tête. Entre lofts Ikéa, grosses voitures et sociétés multinationales. Charlotte joue de cet imaginaire monstrueux. Pour le transformer. Se l’approprier. Magnifié, ce néant devient une arme tranchante, instrument d’une critique engagée et rageuse des mœurs, de la société et des rapports humains. Jamais artiste n’aura plongé si loin dans les tréfonds de l’âme humaine. Jamais chant n’aura retenti aussi profondément dans les cœurs. On peut donc comprendre que Charlotte dérange. Qu’elle agace. Car elle bouscule nos préjugés sur l’amour, la haine, le néant, le tout.

C’est une grande artiste.


10 thoughts on “Vitaa, une fille pas comme les autres (article sponsorisé)

  1. Le truc du « néant magnifié », c’était drôlement bien trouvé. Une très belle critique sponsorisée qui retentit profondément dans les coeurs et bouscule nos préjugés sur l’art, la musique, le néant, le tout. Bravo.

  2. Ping : Modiano, Éloge de Vitaa et Manifeste réactionnaire pour la sauvegarde du skeud (semaine du 26 avril) « Moustache

  3. C’est un peu perturbant de vous voir écrire des lettres d’amour aux Smiths, à John Cale ou à Johnny Cash et en même temps de publier un publi-rédactionnel sur Vitaa et « la singularité évanescente de son style » (lol)… Vous avez bien évidemment le droit d’être éclectiques, d’aimer des artistes aussi différents et de l’assumer, mais là ça tranche quand même BEAUCOUP avec le reste et au final ça vous rend pas très crédibles.

    • Pourquoi exclure Vitaa du cercle des artistes ? Parce qu’elle ne sait ni écrire, ni chanter ? Ce serait faire preuve d’un élitisme abject et anti-démocratique. Moustache s’y refuse.

      Plus sérieusement, je vous conseille de relire l’article.

  4. J’attends avec impatience votre prochain article sur Johnny H.
    Je ne me positionne bien sûr nullement.

  5. Ping : Chronique du désastre : Salut, ça va ? T’es où ? « Moustache

  6. Ping : Vanités des vanités, encore des vanités ; Before Today de Ariel’s Pink Haunted Grafiti et la tournée CSP+ de Matthieu Chédid (semaine du 21 juin) « Moustache

  7. j’ai beaucoup aimé vous lire. je suis italienne et fan de Vitaa🙂 déjà par sa voix elle rappelle au particulier au différent à une fille pas comme les autres meme si . J’adore sa musique et j’attends avec impatience un autre nouvel album RnB!

    Hirondelle

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