Manifeste réactionnaire pour la sauvegarde du skeud

Hier matin, je me suis finalement décidé à aller acheter le dernier album de Bonnie Prince Billy, un des artistes qui me collent à la peau depuis cinq ans. Et dont j’achète systématiquement les albums, même Beware qu’était franchement pas terrible. La chose m’attendait, bien droite sur son rayon, et posée derrière elle, encore elle, et toujours elle et quand il n’y en aura plus on en remettra. Mais à partir du moment où j’ai saisi l’album, c’est devenu le mien.


Ma vie est chouette.
Le dernier CD de Bonnie Prince Billy aussi, ceci dit.

 
Je l’achète sans l’écouter, évidemment, histoire de faire monter l’excitation jusqu’au coït Hi-Fiien qui ne manquera pas de me ravager les reins et le cœur une fois seul dans mon salon. Retour chez moi vite fait donc.  Assis sur mon strapontin ligne 4, à côté d’un type au bedon biéreux qui lit la page foot du Matin Plus d’il y a deux jours, je sors The wonder show of the world (putain de titre, non ?) et regarde avec anxiété la pochette. Toujours le même rituel : je n’y tiens plus, mes doigts glissent sur le cd pour trouver la petite languette, je galère comme un con. Trois heures et deux arrêts de métro plus tard, j’ai toujours pas réussi à virer cette connerie de plastique, alors j’y vais avec les dents, j’arrache tout et me voilà enfin en train de caresser le carton du boitier. Je l’ouvre comme un livre. Doucement. Avec quelque part au fond de la tête la certitude que quelque chose pourrait bien tenter de m’échapper une fois la galette aperçue.

Arrivé chez moi,  volume à fond, je m’assoie et je laisse la musique emplir jusqu’à la moindre parcelle d’espace + mes organes + la maison du voisin. Et, soudain, apercevant le fameux boîtier posé à côté d’une pile de disques fraîchement gravés, je me suis mis à écrire cette chronique. Pour parler de magie. Et de cette merde qui tue la magie : le téléchargement illégal.

 


 
 
 

 Où il est question de masturbation auditive et visuelle (et aussi un peu de religion).

Pour tout amateur de musique non pratiquant, le moment de l’achat est crucial. L’attente de la date de sortie également. On se refuse à attraper au vol les premiers morceaux qui filtrent sur internet. Car l’excitation que crée cette attente fait partie du plaisir. Attendre de saisir sur un étalage le Saint Graal, celui là même qu’on désire depuis si longtemps. Comme le mec de toute à l’heure qui ne désire qu’une chose, jusqu’à en crever : pouvoir téter sa Kro tranquillos en rentrant chez lui. Putain. Une caricature ce mec.
 
 Et puis un album c’est un tout. Un truc cohérent. Un truc qui s’écoute de bout en bout. Imaginez si on avait écouté le White album morceau par morceau, son impact aurait été nul, zéro, que dalle quoi. Dilué dans le temps, l’émotion n’aurait pas vraiment surgit. Un album, faut se l’prendre dans la gueule, pas le grappiller en morceaux pendant trois semaines.

 

 
 Deuxième chose que je voulais dire : si le support physique disparait, on peut sans doute dire adieu à l’artwork, à l’art de la pochette,  pourtant part de la mythologie rock et fondement  esthétique pour beaucoup de groupes. La culture rock passe aussi par l’iconique, par les affiches de concert ou par ce rectangle 12×12 qui circule de mains en mains. Aujourd’hui encore, des groupes tentent de s’accrocher à cette volonté de traduire leur musique en image. Je pense notamment aux Black Angels. La pochette de Direction to see a Ghost (encore une fois, putain d’album, vous attendez quoi au juste pour l’écouter ?) symbolise à la perfection leurs chansons, vastes tourbillons sonores direction la mort. La profonde laideur des pochettes du Dinosaur Jr est tout aussi précieuse, et concourt à créer l’identité du groupe de Mascis. C’est-à-dire l’équivalent musical d’un allemand en vacances portant des chaussettes avec ses sandales. Quand j’ai  sous les yeux le dessin fabuleusement immonde de Where You Been, c’est la voix de Mascis que j’entends, une voix qui pue de la gueule. Quand je vois la pochette de You’re Living all over me, ce sont ses solos de déchèterie qui retentissent à mes oreilles (mine de rien, là, je suis en train de vous remplir votre i-pod).

 

 
C’est ce qu’on pourrait appeler, à grand renfort de vulgarité intellectuelle, le rapport cultuel à l’objet. L’album, quand on le caresse des doigts ou du regard, permet d’incarner cette puissance mystique qu’est la musique. Sans ça, elle nous échapperait totalement. J’ai remarqué ça l’autre jour et je ne m’en étonne pas plus que ça : mes disques préférés sont tous sur support physique. C’est vraiment trop con à dire mais, avec eux, je sens un lien. Ce genre de truc indéfectible qui fera qu’inlassablement je reviendrai toujours à ces quelques albums. Alligator de The National, Take Foutain de The Wedding Present (meilleur album des 00s), Unknown Pleasures de Joy Division, Turn on the bright light d’Interpol, Return to Cookie Mountain de TV on the radio (aussi meilleur album des 00s) ou encore Kid A, cette espèce de bordel ambulant, du genre je tape sur un xylophone avec une fourchette électrique et, ô miracle!, ça fait des chansons. Je me souviens précisément du moment où je les ai achetés, suivi de la première écoute, estomaquée, charmée, bandante, décevante, et tout ça à la fois. Un album garde à jamais le son de sa première écoute. Vas te souvenir des quatre jours où t’as galéré sur Limewire pour télécharger, entre deux épisodes de Scrubs, toutes les chansons du dernier The Besnards Lakes (ah, non merde, j’ai pas trouvé la dernière chanson de l’album. Tant pis, de toute façon j’écouterai que les deux premières).

Et y ‘a les clips aussi ! Une flopée est devenue mythique, certains sont de vrais bijoux, mais quel groupe prendra maintenant le temps d’en tourner ? Les gens n’écoutent même plus un album en entier, est-ce qu’ils vont vraiment chercher à apprécier un bon clip (le premier qui moufte et qui mentionne le tapinage audiovisuel de l’autre lady blondasse, je lui file un coup de latte. On s’est compris ?).


 


 
 

Dylan, ce vulgaire paquet de choco-trésors.

Comme cette chronique, c’est franchement du grand n’importe quoi, maintenant je vais parler d’autre chose. Pour moi, l’accès gratuit à la musique (que ce soit via le téléchargement ou des sites de streaming comme deezer) marque le commencement de l’ère de la consommation musicale. En gros, je prends mon cadi, et je fourre dedans absolument tout ce qui me tombe sous la main. Un peu comme l’autre fois où, vers quatre heures du mat, la teq’ en perfusion, vous avez entrepris de vous faire à bouffer en réunissant dans une même casserole tout ce qui traînait dans les placards de tante Annie qui, gentiment, vous avait permis de squatter sa maison de Boissy Saint Léger inhabitée depuis dix ans. Résultat : on ne prend plus le temps d’écouter un album, de s’en imprégner, de découvrir avec le temps ses subtilités, non, ce qu’on fait, c’est qu’on l’écoute une ou deux fois, et puis on passe à autre chose, compulsivement en quête de something new. Le téléchargement, faut faire gaffe, c’est comme mettre la main au cul, ça devient vite pathologique. On ne prend plus le temps de vraiment écouter un disque, de l’apprécier. Ou même de le détester d’ailleurs. Le dernier MGMT par exemple, j’ai eu beau l’écouté, quel ennui ! Probablement aussi excitant qu’une journée nationale du Krisprolls sonorisée par Jean-Michel Jarre. J’ai bien fait de pas l’acheter ! En somme, exit l’expérience sensorielle. On prend certes du plaisir à écouter chaque chanson mais rien ne se passe. Attention, je ne dis pas qu’il faut se priver du plaisir de mélanger les sensations, de bricoler des playlists bancales et de bancaler des mixtapes bricolées. C’est juste que rien n’est plus fort que de gémir pendant 40 minutes sous les coups de boutoirs répétés d’un Iggy Pop et d’un James « ma guitare c’est du fil barbelé » Williamson.

 


Bah, ouais, j’ai la Compagnie Créole sur mon Ipod. C’est pour le délire, tu vois ?

Bon maintenant ça suffit, arrête de raconter des conneries sans intérêt ! Parle de musique ! braille bientôt une partie de mon cerveau, apparemment pas au courant qu’en musique, j’y connais que dalle. Tout ce que je peux dire, c’est que, niveau expérience musicale, on doit facilement faire mieux que trois pauvres fichiers MP3 aussi compressés que le talent de Noel Gallagher, enchaînés  en mode shuffle (Get Well Soon – La compagnie créole – Nirvana)  pendant un trajet de 38 Montpar-Gare de l’Est. Sans déconner, la musique n’est affaire que de son. Et mon choix est vite fait entre deux pauvres écouteurs au son tout pourri (ou pire : les enceintes de son ordi !!) et une bonne sono, de bons amplis qui font trembler les murs du salon ou ceux de la salle des fêtes de Bergerac, celle là même où mon grand père complètement tronché au vin de noix a fini par danser une bourrée sur sa chaise à 4h du mat. Aha. Alors ipod, oui, mais ayez au moins la décence de le brancher sur de vraies amplis de temps en temps. Histoire de pas trop oublier ce qu’est la musique.

 
J’entends déjà certains fiers et suintants défenseurs de la jeunesse m’hurler à la gueule, du genre : l’ipod permet une écoute active. « C’est trop comme si on devenait le dj de notre propre journée ! » Oui. Mais non. Je vais aller te coller un chapitre de Flaubert, un de Bukowski et au milieu un poème de Lautréamont, et puis après on sera tous content parce que je serai un lecteur actif ! Mon cul.

 
 


 
 Enfin, l’idée de gratuité, bah je m’en tamponne. Non, sans blague. Ok, avoir tout ce que je veux sans débourser un rond, je crache pas dessus. Mais, à un moment, va falloir être un peu réaliste. Les artistes doivent être payés pour tout ce qu’ils nous refourguent ! Comme le dit joliment Thompson : « Faut vraiment être une tête de nœud ou un sacré trou du cul pour accepter d’écrire sans être payé » (au passage,  je précise que je ne suis pas payé pour cet article). Parce que si on veut faire de l’art notre vie, faut bien commencer par pouvoir vivre !

Après, je suis d’accord, c’est complètement con de sanctionner. Parce que télécharger gratuitement, ce n’est pas juste un délit, c’est un nouveau rapport à la musique qui se dessine. Prenons en acte. En pleine période de transition, l’angoisse est normale, les repères se font la malle. C’est le flou total quoi. Reste à réinventer le système, trouver le moyen de rémunérer les artistes autrement et en finir avec les majors qui nous refilent à tour de bras les Mika et autres Gaga, toute cette « pop » qui n’a sur moi qu’un fort effet laxatif. Les Majors ont peur de crever et font tout ce qu’elles peuvent pour schématiser la situation : d’un côté, y’a ces pauvres maisons de disques, seul moyen de sauvegarder l’industrie du disque, et de l’autre ces dangereux pirates à l’égoïsme aussi enflé que leur bibliothèque i-Tunes. Donc, bon, dérouillons une bonne fois pour toutes les grosses majors, faisons renaître les labels indé, foutons de la pub sur l’emballage plastique des CD ou sur les plateformes de téléchargement ou mettons des codes à l’intérieur des boîtiers pour avoir accès à un album gratuit en téléchargement… Et pendons les membres de Muse ! (rien à voir, mais fallait que ça sorte).

 

 

The revolution won’t be digitalized.

Maintenant que j’ai bien dégueulé sur le téléchargement et tout,  je passe au tout numérique, cette espèce de papier tue mouche sur lequel tout s’accroche, sauf la créativité.

Par quoi je commence ? Ma haine se perd dans les méandres de son propre extrémisme. Bon. Déjà. Si l’ère numérique a fait émerger des groupes géniaux, je crois que ce sont les roseaux qui cachent le lac. Cet immense lac où l’in(di)gestion de centaines de groupes a fini par tuer chez beaucoup toute personnalité, noyés qu’ils étaient sous des références trop nombreuses. On en est réduit à faire de la musique encyclopédiste, à pasticher, à faire partouzer les Flaming Lips, Spacemen 3, Todd Rundgren et Bowie (oui là, MGMT, c’est toujours de vous dont je parle !) et on en perd son âme.


 
 

 
 
Musicalement, l’attirail numérique a défini en peu de temps un nouveau rapport à la musique, fait de fourmillement d’idées, de collages expérimentaux, de pastiches pastichant des pastiches, de transes de poches et de beats extatiques. En gros, maintenant, on peut créer n’importe quel son, suffit d’appuyer sur un bouton. Un temps, tout cela a stimulé la créativité des musicos mais, à vrai dire, on en a vite fait le tour,  à mesure des infinies possibilités offertes. Paradoxal hein ? Non ? Laissez tomber. Le rock n’a rien d’infini, il n’a de raison d’être que s’il est imparfait et en constante carence musicale. Le génie vient de ce qu’on accepte de se confronter à ses propres limites. Plus encore, le génie c’est savoir s’imposer les contraintes nécessaires pour faire surgir un truc du genre sublime. C’est pour ça que Ron Asheton est un bien meilleur guitariste que Clapton, Knofler et cie. Baudelaire disait : « Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense ! ». Gide disait : « l’art naît de contrainte, vit de lutte et meurt de liberté. » Moi je dis : Ouais, grave.

 
 Bref, niveau musique, the revolution won’t be digitalized !

 
 

12 thoughts on “Manifeste réactionnaire pour la sauvegarde du skeud

  1. Alors là je m’insurge ! Je me révolte ! Quel procès injuste ! Quel commentaire infondé ! Où donc ai-je dit que cet article était original et intéressant ?

  2. Ping : Modiano, Éloge de Vitaa et Manifeste réactionnaire pour la sauvegarde du skeud (semaine du 26 avril) « Moustache

  3. hm…

    Commençons par le commencement: étant moi même une des personnes ayant le plus haï et descendu « oracular spectacular » de ManaGeMenT, je dirais que l’auteur de cet article est très largement passé « à côté » de cet album qui est (à mon humble avis) un des meilleurs, des plus cohérents et des plus surprenants qui aient été pondu ces derniers temps par un quelconque artiste « rock » (concept qui aujourd’hui, n’a plus aucun sens à mon goût). Mais bon, je me rattraperais avec un « chacun ses goûts », même si là, je trouve que y’a un peu d’abus.

    Ensuite, je vois pas en quoi l’Ipod, le format mp3 et la distribution de la musique sur internet sont des dangers pour l’intégrité d’un album. En effet, si les gens décident de n’écouter qu’un ou deux morceaux sur 10, ça restera toujours de leur faute s’ils ne savent pas apprécier un album comme oeuvre entière et s’ils n’y voient qu’un vulgaire package, ce sont toujours eux qui font le choix, et je tiens à rappeler que l’Ipod est un BALLADEUR, fait donc pour se balader, et pas pour apprécier LA musique. Personnellement, quand je m’écoute un album, je le fais chez moi, et comme toi dans des conditions sonores parfaites, et je ne fais alors rien d’autre, sauf lire les lyrics et fumer. De toute manière, cette démarche, sauf pour quelques groupes mis à part, a toujours été d’actualité: combien d’anciens jeunes maintenant vieux ont acheté « dark side of the moon » seulement pour « money »?

    LE véritable acteur de cette désolidarisation de l’œuvre qu’est l’album est tout simplement le single: un extrait de l’album, un segment du tout. Relayé sur les radios, il devient un repère, un leurre pour appâter les poissons (je dis leurre comme l’objet brillant utilisé à la pêche, sensé reproduire l’éclat du soleil sur les écailles d’un petit poisson, magnifique ruse pour chopper du gros). Si certaines personne ne s’intéressent qu’au single et pas au reste de l’album, c’est pour la même raison que d’autres ont des tableaux chez eux sans forcément s’y connaître ou aimer la peinture: la musique est un art complexe et riche (l’album!), mais il peut aussi être un plaisir simple, une distraction, sans devenir un objet d’étude (le single…), et combien de personnes n’écoutent la musique QUE à la radio ou sur leur Ipod, ou le soir en faisant autre chose? La musique est alors pour eux comme ce tableau hideux dans le salon de mes parents: un peu de couleur, de douceur, mais pas le centre d’intérêt de la pièce.

    Les moyens de diffusion n’ont rien changé à ça, je suis désolé. Après pour ce qui est de myspace et compagnie, on est dans le même cas que la promotion d’un single: montrer un minimum, appâter le client potentiel. Et accuser les communautés de ce genre d’encourager le copier coller artistique, c’est se tromper de cible, mais c’est un autre débat…

    La où je te rejoins, c’est sur le support physique: cela peut être un atout considérable dans la dimension artistique de certaines œuvres, mais n’allons pas dire que ça change tout, sinon après je te renvois à tes pulsions primaires, et te demande: ne serait ce pas du fétichisme? Une chanson, qu’elle soit sur support numérique ou physique, à une qualité de compression près, c’est la même. Vouloir à tout prix la détenir physiquement, ainsi que tout l’album qui va autour et son emballage, c’est autre chose, ça va au delà de l’écoute et de l’appréciation sonore, c’est un véritable désir de posséder un objet par amour, et ceci, c’est bien autre chose que de la musique… Oui! bien autre chose… Mais Dieu, c’est très satisfaisant.

  4. C’est tout à fait du fétichisme oui, ou plutôt la création d’un cérémoniel. Aller acheter un album, le sortir de sa boîte, prendre le temps de s’asseoir, de lire les paroles, et de ne faire qu’écouter, c’est une sorte de messe, où chaque chose est à sa place, et où, en même temps, on espère que l’inattendu surgisse pendant ce rituel. C’est créer les possiblités pour qu’advienne le petit truc magique qui fera qu’un album nous bouleverse.

    Sinon, je crois que le i-pod a vraiment changé le rapport à la musique, car on a maintenant un choix immense : on peut changer de musique quand on veut. A peine avoir lancé une chanson, on pense déjà à celle qu’on va mettre après. C’est une sorte d’instatisfaction permanente : on cherche toujours quelle meilleure chanson on peut écouter. Suffit de cliquer ! C’est un autre aspect de « l’immensité des possibilités » dont je parlais : plus il y a de choix, moins il y a de plaisir, moins il y a d’émotion esthétique.

    A priori, tu es un auditeur attentif. En fait, tu es un peu comme moi (mise à part un goût des plus douteux pour un certain groupe de Brooklyn)! Cet article ne s’adresse donc pas tant à toi. Pense plutôt (dis-je dans un apitoiement tout Maurassien) à ces pauv’ jeune, qu’on appelle grossièrement la « génération i-pod » qui commencent à écouter de la musique avec leur I-pod. Tu dis : « si les gens décident de n’écouter qu’un ou deux morceaux sur 10, ça restera toujours de leur faute s’ils ne savent pas apprécier un album comme oeuvre entière », mais c’est là le problème. Bientôt, ce ne sera même plus un choix, ce sera devenu une évidence ! La musique ne sera plus qu’une chanson sympa perdue dans une playliste au tréfond d’un i-pod !

    Après, je suis fd’accord, le single a pas mal dézingué la cohérence de l’album. Mais encore fallait-il faire l’effort d’aller l’acheter. Alors que le téléchargement ne demande aucun effort, aucune implication. Comment tenir à quelque chose qui ne nous demande aucun sacrifice ? Et puis le single est né en même temps que le rock ! Cela n’a donc pas du tout changé notre façon d’écouter cette musique puisque les Beatles les premiers ont sorti des pelletées de singles.

    Enfin, un truc que j’ai pas dit. Avec le téléchargement, exit la découverte d’un album par hasard. Et pourtant, ça, tu l’avoueras, c’est le pied !

    Ah, une dernière chose ! Le rock n’a jamais été un concept avec du sens car il n’a jamais été un concept tout court ! ; )

  5. Je n’ai pas lu entièrement le débat de ces « nouveaux vieux » parisiens de moins de 25 ans qui n’ont probablement pas imaginer que certains ont pu vivre une expérience musico/sensorielle hautement appréciable en écoutant The Pale Fountains en 85 sur une cassette recopiée plusieurs fois tout en sirotant une 8°6 pendant le trajet de TER menant de Saint-Germain-des-Fossés à Saint-Pierre-des Corps mais au bout du compte l’éventail de choix la gratuité le support la qualité auditive … tout ça ne pèse finalement pas grand-chose par rapport à l’investissement émotionnel du moment.
    Sinon pour une « iconicité modelée » du support physique : http://loomout.com/index/hall_of_fame/index.html

  6. Je persévère: le dernier MGMT est très bien.

    En fait, il y a 2 manières de percevoir la musique d’un album: apprécier la cohérence de l’album, et apprécier les chansons. Ce sont 2 processus très différents, qui n’ont pas les mêmes prétentions, et qui ont des intérêts complémentaires. Pour étayer ceci, je vais prendre une chose simple: le live.

    Le live est une expérience particulière. Des groupes comme Genesis par exemple (avec Peter Gabriel, avais je besoin de le préciser?) ont toujours accordé beaucoup d’importance à leurs univers, et n’ont jamais fait un seul concert medley, où ils mélangeaient des morceaux d’albums différents. C’est un point de vue qui se respecte, tout du moins autant que le groupe et leurs œuvres. On se rapproche d’une vision très classique de la musique, d’une sorte d’opéra moderne, bref les morceaux forment un tout indissociable. Cependant, ils sont peu à avoir fait ainsi, et pour cause, le live est une expérience immédiate, seuls les harmonies et les instincts parlent. Un morceau en live n’a pas besoin du reste de l’album pour exister, il est là tout de suite, et il est beau.

    Le concept du live a été ensuite repris de différentes manières, et un des moyens les plus simples pour retrouver un peu de l’émotion du live a été les discothèques: pas besoin de se payer le groupe pour jouer la musique, on la passe sur une bande, on la bidouille un peu pour la faire vivre un minimum et c’est parti, en mode playlist. Selon moi, et j’assume mes mots, cette écoute a été un facteur déclencheur de la consommation musicale de masse: On a zappé le coté créatif pour orienter la musique vers un but plus ludique et récréatif. Et là, on retrouve ce que tu disais dans ton article: « C’est trop comme si on devenait le dj de notre propre journée ! » (tu parle très bien le d’jeun) c’est à dire que la musique est consommée comme un simple plaisir, et non plus comme un objet de contemplation.

  7. J’avoue volontier que, pour ma part, j’adore écouter de la musique dans un train en regardant le paysage et en me plongeant dans le roulis qui s’intercale entre chaque chanson, bref, en profitant de ma nature bovine qui refait surface. A vra idire, c’est comme ça que j’ai découvert TV on The radio.

    Pour le live : évidemment rien en vaut le live ! Mais sont-ils nombreux aujourd’hui les gens qui achètent leur place de concert ? Ne vont-ils pas diminuer très rapidement puisque nous sommes de plus en plus habitués à ne pas payer pour avoir accès à la musique ?

    Je crois surtout qu’il ne faut pas s’enfermer dans une seule écoute. La musique n’est pas dogmatique, du genre  » la musique est une contemplation » ou « la musique est un simple plaisir », « la musique c’est dans ton salon » ou « c’est en soirée les oreilles collés à l’ampli ». La musique c’est une contemplation et un simple plaisir, dans son salon et au fond d’un TER.
    Le tout est de s’y plonger, de ne pas l’écouter juste pour passer le temps. Dans le TER justement, la musique ne doit pas être utilisée comme l’équivalent d’un sudoku ou d’un snake ! Il faut accepter de se laisser pénétrer par l’émotion et de faire de chaque écoute la possibilité de « ce que tu appelles « l’investissement émotionnel du moment ».

  8. Au contraire les commentaires reflètent l’esprit « café du commerce » (certes plus lettré) de l’article.

  9. « Et de cette merde qui tue la magie : le téléchargement illégal. »
    Point de vu merde j’ajouterais le téléchargement légal et les MP3…

    le support vinyle pour ma part est celui qui me procure encore ce genre d’émotion

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s