Pistes d’écoute pour 2010

Musicalement, l’année 2010 est faite de quelques sorties intéressantes. Pour s’y retrouver, Moustache vous propose un récapitulatif écrit à quatre mains par Vickyroi et Emmanuel. Voici donc des pistes d’écoute. Des pépites certifiées et des promesses à venir : Beach House, The Magnetic Fields, The National et The Brian Jonestown Massacre.


Beach House – Teen Dream

 

Une voix d’ailleurs surgit dans un halo blanc. Entouré de fantômes, ce chant vous hypnotise, vous entraîne loin. Vous vous réveillez sur un nuage. Cette voix, c’est celle de Victoria Legrand, chanteuse de Beach House.

Beach House est un groupe américain de dream pop. Teen Dream est leur troisième album. Sorti fin janvier, ce nouvel album a tout du voyage charmant sur un iceberg à la dérive. Cette pop froide est pleine de douceur. Un rêve bleu, sinueux, foisonnant vous installe dans une atmosphère cotonneuse. Vous éloigne du monde.  

Beach House capture la lumière pour en faire une lueur dans la nuit. « Avez-vous observé qu’un morceau de ciel aperçu par un soupirail, ou entre deux cheminées, deux rochers, ou par une arcade, donnait une idée plus profonde de l’infini que le grand panorama vu du haut d’une montagne ? » disait Baudelaire dans une lettre à Armand Fresse. En donnant à voir le monde à travers un soupirail, Beach House le rend beau et profond.

Pour entrer dans cet album, voici cinq extraits chantés lors d’une jolie « Soirée de poche », organisée par La Blogothèque.


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The Magnetic Fields – Realism

Stephen Meritt poursuit, avec Realism, son ode à la déglingue, offrant ici une série de ballades acoustiques en forme de poèmes inachevés. Cet album est en effet un recueil d’esquisses mélodiques, laissant à l’imagination de l’auditeur le soin de prolonger chaque chanson (aucune ne dépasse les trois minutes). La beauté est pourtant là, partout, évidente, instantanée. I don’t know what to say, avec sa ritournelle au xylophone et sa voix de charmeur désarticulée, est sans doute le morceau le plus entêtant de ce début d’année.

Malgré son minimalisme, Realism fait cependant preuve d’une instrumentation riche et variée : l’album va piocher ça et là banjo, violon, accordéon, chœurs aériens et même un piano jouet sur The doll tea party. Sur cette chanson, la voix de Stephen Merrit laisse place à la voix d’une Nico de chiffon, dévoilant tout d’un coup la prestigieuse ascendance de The Magnetic Fields : la musique du Velvet Underground, entre dissonances souveraines et comptines délicieusement vénéneuses.



The National – High Violet

 

« Mesdames et messieurs, voici pour vous le meilleur groupe du monde ». C’est avec ces mots que Bernard Lenoir présenta le quintet de New York, lors d’une Black Session il y a quelques années. Au vu de la discographie du groupe, on ne peut que lui donner raison. The National est sans doute l’un des meilleurs groupes du début des années 2000. D’une élégance rare, leur musique est pleine de vie et d’errance. De lumière aussi. Sur le fil du rasoir. Entre Tom Waits et Joy Division.

Le groupe revient avec un cinquième album le 11 mai 2010. La nouvelle livraison sera, nous dit la voix du groupe, plus énervée et tendue que Boxer, l’album précédent. La sortie prochaine de High Violet est l’occasion de replonger dans ces joyaux que sont les albums précédents (Alligator, Boxer et Sad Songs For Dirty Lovers). The National est un groupe singulier, dont les qualités se révèlent au fil des écoutes. On conseillera donc aux impatients de passer leur tour.

Voici Terrible Love, un des premiers extraits du nouvel album :



The Brian Jonestown Massacre – Who Killed Sergent Pepper ?

Cela ne sert à rien de faire une critique de cet album. Mieux vaut en fournir une mise en garde : il ne faut pas ici chercher de mélodies ou même de véritables chansons, il n’y en a pas, tout juste quelques pulsations au milieu des guitares sursaturées. Il ne faut rien y voir qu’une célébration absurde et totalement vaine du bruit. Tout cela est pourtant passionnant et génialement abrutissant. Anton Newcombe compose une nouvelle épître au bruit, parfaite barbarie musicale ajoutant un chapitre au massacre auditif que constitue son Comity to keep music evil.

Anton Newcombe, définitivement condamné à demeurer un soldat inconnu de la cause rock, nous montre en fait avec cet album ce à quoi ressemble son cerveau. Pour faire simple : une toile de Pollock arrosée de vodka bon marché et à laquelle on a foutu le feu, le tout joué à la guitare par un manchot ayant juré de provoquer l’apocalypse pop. En d’autres mots : massacrer le Sgt. Pepper. S’il sombre parfois dans le grotesque (Detka!Detka!Detka!), The Brian Jonestown Massacre livre ici de purs moments de génie (ÞUNGUR HNÍFUR, Super Fucked ou This Is The One Thing We Did Not Want To Have Happen qui fracasse les chansons She’s lost control et I remember nothing de Joy Division sur un mur de guitares échappées d’un asile de dangereux psychotiques) montrant avec talent que le bruit n’est qu’une matière qu’il s’agit de maltraiter.

Pour finir, on peut trouver les clips de toutes les chansons de l’album sur le site du groupe.




3 thoughts on “Pistes d’écoute pour 2010

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