Ma vidéothèque idéale #1 : Les Fils de l’Homme (Children of Men).

« Je ne me souviens plus très bien quand j’ai commencé à perdre espoir et encore moins quand tout le monde a commencé à le perdre », dit Clive Owen au début des Fils de l’Homme. Reposant sur une idée simple (l’humanité est stérile depuis 18 ans) le film va loin, tant techniquement et visuellement que sur le fond. Tout l’intérêt de l’avoir comme dvd de chevet est dans la brutalité du quotidien et la force du détail : explications.

Un film d’anticipation : la dystopie


Nous sommes ici dans le pur film d’anticipation qui peint une dystopie (ou contre-utopie). Jouant sur l’habile maquillage du monde actuel en le transposant dans les années 2020, l’hypothèse est simple : que deviendrait le monde si les hommes devenaient stériles ? Le réalisateur Alfonso Cuaron trouve sa réponse : il fait la critique du problème de l’immigration dans la manière dont on le traite de nos jours. Je laisse de côté ce point critique, bien qu’essentiel, ne disposant pas d’assez de recul sur l’état actuel des choses pour prendre parti. Ce qu’il faut retenir c’est que la richesse et le développement des hommes s’est toujours fait par la rencontre de l’autre. Que ce soit la rencontre entre européens et arabes à travers l’expansion de l’Islam au Moyen-âge, la rencontre de deux êtres distincts qui s’unissent ou encore l’acceptation d’un individu lambda comme différent mais autre moi-même.

Ce qui m’intéresse d’avantage dans Les Fils de l’Homme c’est le maquillage intelligent de notre monde en un monde à peine plus vieux, utilisant un scénario catastrophe mesuré et vraisemblable. La stérilité de l’homme, quoi de plus crédible ?! Dans une société où tout peut rendre stérile : le tabac, la tapenade, un déodorant, un téléphone portable et j’en passe. Partant de ce scénario catastrophe proche dans le temps, le travail de fond et de background est admirable. C’est Emmanuel qui m’a mis la puce à l’oreille. Rien d’extraordinaire, rien d’hallucinant, aucune voiture qui vole ou building qui flotte sur l’eau. Non. Rien que de la poussière, du sang et des matraques qui font mal. Tout un univers peint à travers des extraits de publicités, des journaux papier et télévisés visibles dans le film. A voir à ce sujet, la vidéo du philosophe et psychanalyste slovène Slavoj Žižek, qui commente les films dans les suppléments du DVD.

La force du détail


En fait, on sent bien que, par parti pris ou par nécessité, Alfonso Cuaron a privilégié la force du détail à la force de l’imaginaire. Ce n’est pas un film en rupture avec le réel, c’est un film en continuité avec celui-ci et c’est ce qui le rend encore plus fort.

Pour illustrer cela, deux exemples. La cage à immigrés en pleine rue : est-ce le stade second du charter ou des centres de « rétention administrative » ? Une visibilité accrue du problème de l’immigration et pourtant des citoyens qui vivotent sans s’en soucier, comme une hypothèse anticipée de ce vers quoi notre société tend.
Autre exemple amusant, l’ancien politique des années 2000, avant la crise de la stérilité, écoute des tubes de notre jeunesse (Radiohead lien, the Kills, etc) ; comme nos parents aujourd’hui écouteraient the Rolling Stones, the Cure ou Téléphone. Dans ce film, en tant qu’ados des années 2000, nous sommes donc les adultes qui auraient à gérer une telle crise de la stérilité globale. C’est alors plus qu’un film d’anticipation, c’est un film d’anticipation de nous même, un film qui implique le spectateur. Quoi de plus efficace pour tenir en haleine.

Tout est ainsi bien pensé dans le film pour peindre un tableau réaliste d’un futur proche. Aucun saut absurde dans le temps comme dans le Cinquième Elément lien (excellent film cependant) ou Blade Runner lien (chef-d’œuvre du genre). Le parti pris est bien l’inscription du récit dans un futur proche et réel, avec une attention toute particulière à nous faire sentir un éloignement, un ici mais ailleurs convainquant.

La brutalité du quotidien


Cette mise en scène habile est portée par un parti pris stylistique fort : la brutalité à l’improviste dans le quotidien.

D’une part, le choix de l’image joue beaucoup. En effet, tourné en mode reportage avec  cependant un bras articulé (on est loin d’une image qui donne la nausée  à la Cloverfield), le film inscrit le spectateur dans la narration. C’est d’ailleurs l’une des prouesses de ce film. Celle d’avoir évité les effets spéciaux et d’avoir privilégié les plans séquences. Ce qui permet l’immersion des acteurs dans leur propre rôle, comme celle du spectateur devant son écran. C’est de ce plan de 6 min 18 que vient la force de la scène  où Theo (Clive Owen) évolue dans un théâtre de guérilla urbaine du camp de Bexhill.

D’autre part, dans un monde présenté immédiatement comme violent (attentats, assassinat du garçon le plus jeune sur Terre, etc.) on sera tout de même surpris par la brutalité des scènes d’agression, de fusillade ou de course poursuite. En inscrivant l’histoire dans des lieux aussi anodins qu’une maison isolée dans la forêt, une petite route de campagne ou une ferme du Sussex, toute intrusion de la violence est marquante, poignante et inacceptable.

Ce réalisme, tant dans la manière de filmer que dans les péripéties inscrites dans un univers quotidien, se fait ainsi l’écho de la brutalité journalière. Le quotidien, l’ordinaire, l’habituel : le lieu le plus surprenant et pourtant le plus normal de l’évènement et de l’extraordinaire. C’est ce qui fait la force des Fils de l’Homme : nous montrer un monde cru et violent, sans justice. Froideur et brutalité, réalisme de mon cœur.

Un peu de bon goût cinématographique, diffus


Tout le monde l’aura compris, tout comme les Fils de l’Homme repose sur l’art du détail, un réalisme soigné et une brutalité déroutante, sa qualité supérieure, qui justifie une place de choix dans votre vidéothèque, repose sur tout un ensemble d‘éléments de bon goût.

Du bon goût en effet, adaptation d’un auteur de talent, P.D. James. Plus pragmatiquement la durée du film est excellente, 1h50 qui passent comme moins d’1h30 (oui c’est un critère). L’image est léchée tout en faisant croire à une caméra à l’épaule. La B.O. renvoie aux grandes chansons de notre époque, Life in a Glass House de Radiohead sonne parfaitement aux côtés de Clive Owen et Michael Caine qui se délectent d’un peu de ganja. Clive Owen d’ailleurs dans son meilleur rôle, un peu différent de la brute virile habituelle, il apparaît ici prévenant. Enfin, l’idée d’un « Human Project » et d’un bateau appelé « Tomorrow », et il n’y a rien à ajouter.

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2 thoughts on “Ma vidéothèque idéale #1 : Les Fils de l’Homme (Children of Men).

  1. Ping : Revue musicale de 2010, Fabrice Luchini lit Muray & Les Fils de l’Homme dans la vidéothèque idéale (semaine du 19 avril) « Moustache

  2. Ping : Modiano, Éloge de Vitaa et Manifeste réactionnaire pour la sauvegarde du skeud (semaine du 26 avril) « Moustache

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