Et ils chantèrent l’amour et la mort au creux du fjord

« Un fjord ou fiord (mot norvégien, prononcé comme fiourde ou fiour) est une vallée glaciaire très profonde, habituellement étroite et aux côtes escarpées, se prolongeant en dessous du niveau de la mer et remplie d’eau salée. » Le meilleur du rock scandinave répond à peu près à cette définition: un vent chaud s’engouffrant dans l’étroitesse glacée d’un fjord sombre, immobile, profond. Amour hivernal consacré cette semaine à Madrugada, Logh et Thomas Dybdahl, écrins indé s’il en est, qui forment à eux trois un paysage musical intense et rare, irrévocablement liés par le froid du Grand Nord.


Madrugada: la majesté des choses disparues


La madrugada en castillan vient du verbe madrugar (se lever tôt) et signifie l’aube. On utilise le terme pour designer les heures qui occupent la durée entre minuit et le lever du jour. Autant le dire tout de suite, Madrugada, double sombre de REM, représente peut-être la plus belle ode faite aux démons nocturnes, ceux du fantasme et du regret. « And nothing stays the same And no one said it would (…) Punch a hole in me with those fists If you ever wanted to punch a hole in me And find out what’s in me there is really nothing in me » peut-on entendre dans Hands up, I Love you. Une musique pour l’âme toute entière où c’est la nostalgie même, par son pouvoir de fascination, qui permet de supporter le fardeau des jours sombres. La musique devient l’incarnation même de cette vieille maison où l’on vient se réfugier: tout est silencieux et désolé, mais si l’on se concentre bien, on pourra encore entendre les enfants courir au fond du couloir (This Old House: « In this old house Where every door is open Well listen real close»). Et si au tournant d’un souvenir, le rock de Madrugada peut se faire fiévreux et colérique, à la fin, tout retourne cependant à l’oubli, cet oubli qui confère au groupe la majesté des choses disparues (Majesty: « But in my mind I could still climb inside your bed, And I could be victorious, Still the only man to pass through the glorious arch of your head »). Des paroles troublantes, des images nébuleuses, une musique chaude, tendue langoureusement sur l’âpreté du fil raide.

http://www.myspace.com/wearemadrugada

Thomas Dybdahl : prince mélancolique du folk norvégien


One day, you’ll dance for me, New York City. Tout est à peu près dit dans ce titre intimiste qui orne le premier véritable album de l’artiste. Une voix évangélique et soul rappelant aux détours de quelques chansons le défunt maître, Jeff Buckley, des arrangements peaufinés d’une douceur cotonneuse qui emprunte autant au folk qu’au jazz. Frère d’arme des Kings of Convenience, autres scandinaves bien connus, Thomas Dybdhal rentre parfaitement dans cette catégorie de musique qu’on aimerait écouter au coin du feu, à contempler la pluie derrière les fenêtres embuées. Si la discographie présente une évolution vers une certaine forme de pop plus ou moins sirupeuse, quelque fois indigeste, il faut le reconnaître (From Grace), l’amateur aura pour tâche de se promener entre les albums afin de remplir sa besace de perles et d’étoiles en tout genre (Love story, Piece, B A Part – miracle « dream folk »). Thomas Dybdahl reste pourtant un artiste sincère et rare, à l’élégance bien scandinave bien que longtemps exilé à New York, à mettre aux côtés de Bon Iver ou Turin Brakes, rien de moins que ça.

http://www.myspace.com/tdybdahl


Logh : Eden glacial


Hanté par un rock minimaliste frôlant le post-rock et donnant la part belle aux ambiances atmosphériques nappées de guitares mélodieuses, Logh est devenu avec les années l’étendard rock suédois, non loin musicalement d’un Mogwai. Ici, chaque note semble se suffire à elle-même et complète un silence palpable entre chaque son. Comme si chaque note voyageait seule à travers une ère glaciaire. Pourtant, ce n’est pas la musique qui pénètre le silence, mais le silence qui berce et inonde une musique fragile et profonde. Des paysages enneigés et paisibles apparaissent, l’étrange évocation d’un Eden glacial subsiste. « The night is calm so lets go for a ride. It’s these simple things that keep us alive. We left the children sleeping for all I know. We let the neons show us the way to go. The night is calm but a cold wind blows. Living is dying sometimes I know. » Groupe séraphique, Logh est une pierre d’achoppement méconnue mais pourtant essentielle dans le paysage indé actuel.

http://www.myspace.com/logh

6 thoughts on “Et ils chantèrent l’amour et la mort au creux du fjord

  1. Je suis très en retard mais excellent article !
    Madrugada reste mon groupe scandinave préféré. En revanche, il faut que je découvre Logh et Thomas Dybdahl.

  2. Ping : Le vivier ardent #1 « C’est la fièvre de la jeunesse qui maintient le reste du monde à température normale » « Moustache

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