L’inconséquence du hérisson — Muriel Barbery

L'inconséquence du hérisson

Un hérisson inconséquent

Bon, je veux le dire tout de suite, y’a deux choses de bien dans ce livre : le passage où les chiens se montent dessus et la fin. Enfin, plutôt juste avant la fin, quand les héroïnes se rendent compte qu’elles nous ont bassiné durant presque quatre cent pages pour rien.

J’ai une amie qui n’a pas lu le livre et qui m’a trouvé vraiment dur, surtout après le giga micro-buzz librairo-librairiste que le bouquin a fait. On a cherché sur evene : pour des tas de gens, ce livre est devenu un petit manuel de vie, un « livre à penser », bref, un recueil de pépites de sagesse qui égrillardent leur quotidien.

Ah…

Mais les chiens, super, vraiment, j’ai beaucoup ri !

Que se passe-t-il le reste du temps ? Grosso modo, on a droit à un cours gratuit de sociologie, de psychologie, de philosophie, de musicologie, de cinéma, de littérature aussi, mais tout ça avec une grille et avec des mots de la littérature qui rendent de fait les analyses totalement inopérantes. Bref, moi qui croyais avoir acheté un roman, me voilà contraint dès les premières pages à encaisser une jolie synthèse de Marx digne d’une compression de César, à lire quelques pages plus loin d’honteux contresens sur Kant, pour dériver vers le sabordage de la psychanalyse en huit lignes (et encore, huit lignes, comparées au reste des sabordages qui sont opérés, c’est généreux), le tout saupoudré de réflexions au hache-viande sur le Beau, l’Art, le Vrai, toujours, maintenant, jamais, dont les définitions pleuvent sans pouvoir contenir cette grosse majuscule encombrante. Pour preuve, si elles l’avaient pu, nul besoin ne se serait fait sentir d’en retenter une circonscription toutes les trois pages. Liez tout ça avec une généreuse noix d’analyse syntaxique riche en tournures saturées de la moindre intervention des vilains riches (pour un ratio didascalies/dialogues de trois contre un en moyenne), et vous obtenez exactement ce que l’ouvrage veut dénoncer lui-même à travers la cuisine française : une lourdeur bien inutile et indigeste — et surtout paradoxale à souhait lorsqu’il s’agit de prôner, en bon épicurien-bobo-fan-du-Japon-pas-du-tout-cliché-tout-ça, la simplicité et le saisissement de l’instant. En plus dans le genre j’aime le Japon, on se borne à s’extasier sur la filmographie basique ou sur les sashimi, même Nothomb a fait un plus gros effort.


Des sashimi

Des exemples de sashimi. Extatique.

Parce que, si l’héroïne était dans le simple plaisir et la simple écoute d’elle-même et du monde, pourquoi mettre douze chapitres pour s’avouer qu’elle tombe amoureuse ?

Enfin quoi, quand Philip K. Dick, par exemple (allez, moi aussi je balance, rienaffe, je suis de ces Francis Lalane et autres Nikos Aliagas), dans La trilogie divine, nous cite à tout va des opéras ou des chansons, on a vraiment envie de s’acheter un disque de Dowland ou de Menotti, j’ai même hésité à écouter les Beatles, il faut le faire ! Parce qu’il en parle avec passion, parce qu’il parle de comment ça remue les tripes des personnages, de comment ça s’inscrit dans leur histoire, de ce qu’ils retrouvent d’eux-mêmes dedans, de comment ça les construit ou les étaie. Là, on a droit à une minable fiche de lecture genre « Purcell pour les nuls ». Dick montre, Barbery explique. Jamais d’investissement autre qu’intellectuel dans les commentaires. Sur la peinture hollandaise et les natures mortes on ressent un peu plus de choses mais ça reste un personnage fade qui s’auto-apoplexise à partir une coquille d’huître (vide)…

On aboutit, stylistiquement, à un jenga de néologismes timorés et à une auto-suffisance vocabularistique qui s’en met plein la bouche et nous en met plein les yeux pour pas grand’chose. Parce qu’au-delà des mots, les tournures n’ont rien d’exceptionnel, les imparfaits du subjonctif font plus office de fioritures que de véritable langage, comme on peut le ressentir dans Camus par exemple, et le vocabulaire piqué fait pâle figure à côté de tout ça, tout sporadique qu’il est genre « je vais pas en mettre trop sinon on va plus rien comprendre ». Nothomb, elle, a osé, on a vu le résultat, mais au moins elle a osé. Par ailleurs, qu’une concierge mette deux pages de périphrases à faire comprendre qu’elle a envie de pisser (en passant par des explications prétendument scientifiques indignes d’une élève de quatrième selon lesquelles, pour à peine résumer, le thé passerait instantanément de son épigastre à sa vessie, laquelle, très petite mais pourtant de très grande contenance (on comprend pourquoi les périphrases sont nécessaires quand on en est réduit à subir l’urométrie d’une concierge du XVe) la sollicite plus que de raison, à part ça, les reins, tu connais ?), déjà, c’est louche, mais qu’elle réussisse à y caser tout un foin d’expressions désuètes pour faire chic en nous chargeant d’un commentaire musical de Mozart en sus, ça pousse le bouchon un peu trop loin dans le name-dropping. Avec ceci ? Ce sera tout.


Le chat

Le chat de Philippe Geluck

Globalement, beaucoup trop de présent et pas assez de passé simple. Dans des proportions effarantes de 75/25, je ne blague pas. Quand l’instant met quatre pages à être autopsié, généralement, oui, il est passé.

Ce qui est amusant, c’est que cette madame Michel emprunte à ceux-là même qu’elle dénonce tous leurs travers et, voulant se faire plus grosse que le bœuf bourgeois, devient une caricature de parvenue pas prolétariste pour deux sous. Un marxisme fumeux et surtout borgne, où jamais les riches et les puissants n’ont été si ardemment avitaillés de préjugés par celle qui leur reproche les leurs à grands coups d’humanisme. Remarquez, je m’avance un peu. Humaniste, ce livre ? Pas vraiment. Plus élitiste que l’élite, je dirais même. Le summum du crypto-snobisme. Il suffit de voir comment la concierge regarde de haut la femme de ménage — alors que cette dernière est bien plus au fait de bien des choses qu’on se targue de nous enseigner. Etonnant, non ?

Mais revenons sur ces considérations marxistes très orientées. D’ailleurs, j’en profiterai pour réhabiliter quelques grands noms malmenés par l’inculture crasse de l’auteur.

Dès la deuxième page, premier carambolage : « Pour comprendre Marx et comprendre pourquoi il a tort, il faut lire l’Idéologie allemande. » (Soit environ 10% de son œuvre, peut-être moins.) Alors sur le paragraphe d’après s’érige une maigre élaboration, que je vous épargne, ramenant la thèse marxiste à un bouddhisme occidental selon lequel la société se sera libérée des oppositions et des conflits hiérarchiques qui la secouent lorsque l’on aura pu en juguler le désir. Bon, je ne sais pas dans quelle langue elle a lu Marx, mais pour le coup celui-ci s’occupe d’économie politique et de sociologie, donc quand il parle de désir, il ne parle pas d’aspirations de l’âme ou de vétilles consuméristes, mais d’inégalités de propriété. La possession, individuelle, la propriété, sociale. Je ne crie pas, j’explique aux gens. Donc pour Marx, c’est quand les inégalités de classe, qui sont elles-mêmes uniquement fondées sur la propriété (et en cela, oui, il avait tort, mais pas besoin d’une concierge pour le savoir, convoquez plutôt Tocqueville, Hirshman, Simmel, Weber, Pareto, Dahrendorf… Vous voyez comme c’est facile de jeter des noms à la tête !) disparaîtront que les oppositions sociales disparaîtront. Ça vous rappelle quelque chose ? Pour Marx, la « lutte finale » entre la bourgeoisie et le prolétariat est censée être la dernière, et le règne du prolétariat mettre fin aux classes, et donc aux oppositions de classes puisque celles-ci n’existent que du fait du conflit qui les sous-tend : une fois que le prolétariat domine, c’est l’égalité dans la propriété (non dans la possession), donc plus d’inégalités, donc plus de conflits, etc. Pas de « muselage de l’hubris » dans tout ça…


Là où j’ai vraiment, vraiment souffert, c’est pour Kant. Comment en douze heures de cours de philosophie moderne en suis-je venu à mieux comprendre que l’auteur ses vues, ça reste un mystère. Il faut croire que la lecture n’en a pas été si limpide malgré ce dont elle se vante. Je cite le « roman » : « L’idéalisme, c’est la position qui considère que nous ne pouvons connaître que ce qui apparaît à notre conscience […]. Nous connaissons du monde ce que notre conscience peut en dire parce que ça lui apparaît — et pas plus. » Et rien que dans la formulation, on sent déjà pourquoi ce vautrage de la page suivante : « Peut-être mon chat, que j’appréhende présentement comme un quadrupède obèse à moustaches frémissantes et que je range en mon esprit dans un tiroir étiqueté « chat », est-il en vérité et en son essence même une boule de glu verte qui ne fait pas miaou. » Là je dis stop : faut pas vendre la peau de l’ours, non, faut pas la vendre ! Ici la Critique de la raison pure, on demande la révolution copernicienne en philosophie. Qu’est-ce ? C’est, justement, la position qu’a adoptée Kant et qui consiste à décentrer le système de pensée de l’objet vers le sujet. Je m’explique… Que le chat soit ou non une boule de poils plutôt qu’une boule de glu, peu nous chaut : nous voyons une boule de poils, et c’est tout ce que nous pourrons jamais en voir, c’est ce qui est donné à notre conscience, ce qui est immanent. Le chat est alors appelé un phénomène, en tant qu’il se manifeste à notre conscience comme une boule de poils de façon immanente (c’est-à-dire que nos sens sont unanimes pour dire qu’il s’agit effectivement d’une boule de poils). Derrière le chat se tient peut-être une masse de glu verte inaccessible à nos sens, que l’on appelle chose en soi parce qu’elle appartient au domaine de la transcendance, c’est-à-dire de ce qui est radicalement inaccessible à notre conscience (c’est-à-dire que nos sens sont unanimes pour dire qu’il n’y a pas de boule de glu verte). Que dit Kant, que dit-il, ce brave homme ? Il dit que la chose en soi n’existe pas ! Il dit que seuls existent les phénomènes, qui sont donnés à notre conscience. Seules sont susceptibles d’exister les choses qui sont susceptibles de nous apparaître, les boules de glu verte, on s’en bat total, nul besoin de chercher ce qu’il y a derrière. Nul besoin non plus donc de pleurer toute une partie du monde qui nous est inaccessible avec nos pauvres sens et notre pauvre entendement tout limités : ceci n’e-xi-ste pas ! C’est ça, la révolution copernicienne : même la boule de poils n’existe que parce qu’il se trouve un sujet connaissant, autrement dit, un pékin moyen susceptible de la voir apparaître à sa conscience. Inutile donc de gloser indéfiniment sur les boules de glu vertes, ce qui compte, n’est pas la boule de poils ou la boule de glu, c’est nous, et nous, ce qu’on voit, c’est une boule de poils, on est (presque) tous d’accord là-dessus.


Une boule de poils

Une boule de poils... ou de glu verte ?

Je me permets enfin, car j’ai toujours du mal à ne pas sortir mon étendard dès qu’on y touche, de prendre la défense de la psychanalyse, salement piétinée. Rien n’est épargné à notre intelligence : le raccourci psychanalyse — antidépresseurs (allô, un psychanalyste n’est pas habilité à prescrire, et c’est tout sauf obligatoire de joindre une ordonnance à une analyse), l’analyste perroquet (« Et je suis allée chez Lenôtre avec ma mère. » « Hmmm, votre mère ? » « J’aime beaucoup le chocolat » « Hmmm, le chocolat ? » Allô ! C’est quoi ce cliché à deux balles ! Rappelons pour information que le niveau incitatif de la reformulation confirmative n’est qu’un des cinq niveaux possibles parmi quatre modalités de reformulation. Autant dire qu’on est loin du dictaphone et que ça laisse place, quand même, à pas mal de libertés qu’une folle de grammaire qui trouve que c’est une voie d’accès au Beau aurait peut-être loisir à méditer)… Et la perle, la perle ultime : « Savez-vous ce que c’est que l’insu ? Les psychanalystes en font le fruit des manœuvres insidieuses d’un inconscient caché. Quelle vaine théorie, en vérité. L’insu est la marque la plus éclatante de la force de notre volonté consciente qui, lorsque notre émotion s’y oppose, use de toutes les ruses pour y parvenir. » Alors là, chapeau bas. Déjà, pour quelqu’un qui s’amuse à traquer les fautes de français de tout le monde, remballe ta tautologie, « inconscient caché » : zéro. Bon ça c’était mon petit plaisir. Passons aux choses sérieuses. Je vais faire très simple parce que c’est très simple, « en vérité ». L’inconscient n’est pas un corps étranger greffé dans notre cerveau, c’est un modèle qui rend compte de la somme des pulsions que nous avons refoulées et de celles auxquelles nous refusons d’accéder à notre conscience. Autrement dit, l’inconscient, ce ne sont que les désirs que l’on refuse (plutôt catégoriquement) de s’avouer. Autrement dit, l’inconscient n’a pas « sa propre volonté », il a la volonté qui correspond à la force des désirs qu’on y a emprisonnés. Mais puisque ces désirs sont les nôtres, cette volonté aussi est la nôtre. Donc ma chère concierge, tu dis exactement la même chose que les psychanalystes, « en vérité ». Mais avec un langage d’écri-vaine qui ferait mieux de moins s’écouter pour espérer entendre quelque chose à ce dont elle parle. Allez, une petite dernière pour finir : l’insu, une marque de notre volonté consciente ? Allons…


La grande guerre

Magritte — La grande guerre

Bref, tout ça pour dire que des absurdités dans le genre, il s’en trouve toutes les dix pages ; dans l’intervalle, on a droit à des choses totalement révolutionnaires comme : « La musique, c’est la vie, mais sur un autre rythme. » Entre tout ça, on cherche le roman. L’éloge de la simplicité se fait à grand coups de questions rhétoriques qui admettent pour le coup des réponses parfaitement sophistes. Au début du livre, on sourit, au bout de cent pages, on s’ennuie déjà sévère, au bout de deux cents, on a envie de jeter le livre par la fenêtre, après trois cents, on cherche un psy dans l’annuaire pour régler son problème de masochisme. Mais quand même, bon, la partie juste avant la fin est plutôt chouette. Les deux personnages principales réalisent qu’elles ratent l’essentiel, que savourer l’instant ne peut pas passer par quatre chemins, ouf ! Et là, miracle, l’histoire démarre ! Une jolie histoire, un peu brève, un peu étriquée, un peu serrée dans les trente pages qu’on lui alloue, avec une vision un peu simpliste des choses et de la vie des personnages mais tant pis, c’est, pour une fois, vrai, touchant, beau dans sa sincérité, si, je vous jure, ça m’a même tiré des larmes. Bon, peut-être aussi parce que je frisais le « tout ça pour rien » littéraire.

En revanche, la fin-même est un minable ersatz de celle de Didon (dans l’opéra de Purcell, rassurez-vous, si vous allez jusque-là vous vous serez constitué une discographie indicative en cours de route), inutilement grandiloquente (j’ose pour le coup flirter avec le pléonasme, ça vaut le coup).

Pour clore, citons un des seuls passages réellement pertinents, selon lequel « les hommes vivent dans un monde où ce sont les mots et non les actes qui ont du pouvoir, où la compétence ultime, c’est la maîtrise du langage. » Et quelle meilleure démonstration que ce roman, qui n’a fondé son autorité que sur la poudre aux yeux qu’il jette à l’entendement de ceux qui n’ont pas les moyens d’en détricoter les formules choc pour n’y trouver, lorsque par miracle elles font sens, que de mortifiants lieux communs ?

5 thoughts on “L’inconséquence du hérisson — Muriel Barbery

  1. C’est ça qui me désespère Anne, c’est que ça donne envie aux gens de le lire en plus !

    Merci beaucoup en tout cas !

    (Non Stefan je ne suis pas une blague ! Enfin pas là !)

    Ma mère l’a acheté et en plus elle a aimé cette nulle. Les pépites de rhétorique disséminées un peu partout ont eu raison de sa naïveté.

    • Merde, comme on a la même mère je me désole…

      Car cette Renée est tout à fait insupportable malgré elle, par la très grande faute de M. Barbery qui en dépit de ses gesticulations ne parvient pas à lui donner chair et humanité. Ce bouquin est un petit scandale de perversité et de sous-philo façon « vademecum pour une vie meilleure pleine de camélias et kimonos de soie virtuels » qui s’est vendu à … plus d’un million d’exemplaires et est désormais infligé à des lecteurs dans 34 langues. Autant dire que Barbery mange désormais le top du sushi à tous les repas et emmerde toutes les bonnes portugaises de la planète, lettrées ou illettrées. D’ailleurs elle est partie vivre au Japon.

      Nous disions donc… la perversité.

      Renée est une concierge lettrée. Soit. Fort bien. Le postulat de départ est qu’aucun « riche » ou « bourgeois » (selon la terminologie de l’auteur pour désigner tout ce qui n’est pas concierge, bonne ou SDF en ce monde, ce qui limiterait le vaste monde à une sociologie propre au 7ème arrdt de Paris) ne peut raisonnablement imaginer qu’une concierge (portugaise du surcroit) puisse être lettrée. Le ressort comique est censé être là : le mystère de l’intello en savates et balai brosse contre l’ineptie et la bêtise crasse du mode de vie haut-bourgeois. Si Molière (ou les frères Cohen) s’étaient livrés au même exercice, ne doutons pas que le résultat aurait probablement été de haute volée comique. Mais là où cela ne fonctionne pas, c’est que cette concierge entre deux moments un peu émouvants, est tout de même également tournée en dérision de manière assez pernicieuse. On peut régulièrement rire d’elle, la trouver assez grotesque avec ses bouquins auxquels on n’est finalement pas bien convaincu qu’elle ait compris quelque chose, on peut (on devrait…) trouver grotesque aussi ses leçons de vie et de morale pas bien épaisses en dépit des références appuyées aux grands philosophes… Donc on critique ces gros crétins de riches mais en même temps on garde une petite connivence avec eux, comme si l’auteur pensait également que cette femme est risible… peu crédible comme personnage… et venait confirmer tous les clichés qu’elle prétend démonter au fil des pages…

      Le plus intolérable est que Renée est présentée comme une exception à sa classe sociale, comme un petit phénomène (de foire ?), et en cela réduit par défaut tous les autres « pauvres », ou a minima toutes les autres concierges, à une bande d’illettrés.

      L’auteur elle-même indique dans une interview : « Il y a deux héroïnes : une petite fille précoce et une concierge qui cache bien son jeu, parce qu’elle essaie d’avoir l’air concierge et qu’elle est, en fait, très lettrée, très érudite et très fine. » Dis Muriel : c’est quoi avoir « l’air concierge » ? Avoir l’air con en somme ? Les concierges qu’Husserl et Kant ne passionnent pas apprécieront cet heureux raccourci.

      Mme Barbery qui, au passage, est une normalienne agrégée de philosophie, patauge semble-t-il encore pour longtemps dans les préjugés de classe qu’elle prétend dépasser dans son Hérisson démonstratif et anti-romanesque au possible. Faut-il attribuer ses analyses hâtives sur Kant à une incompétence professionnelle (on ne peut qu’en douter vu le niveau de sa formation universitaire) ou à un choix délibéré de faire passer Renée pour une crétine se prenant pour un modèle d’érudition juste parce qu’elle tripote avidement des bouquins qui lui seront à jamais inaccessibles en s’offrant des orgies orgasmiques de mirabelles bien mûres (plaisir à la mesure d’une concierge, celui-là…) ?? Et dans ce cas, à qui sont adressées ces private jokes « over-érudites » ? Très probablement aux semblables de Barbery (d’autres normaliens agrégés de philo nipponophiles et capables de digérer Husserl) et certainement pas au million de lecteurs ébahis qui pensent encore que Renée est un personnage qui « se bat à leurs côtés ».

      Une boule de glue verte ronronne sur mon bureau, c’est grave docteur ?

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