God save the queen : Sex Pistols vs British nation

La sortie du single God Save the Queen est peut-être la plus glorieuse de toute l’histoire du rock. En 1977, les pistols sont au centre de tous les regards. La scène punk attend avec impatience que leurs chefs de file sortent enfin un nouveau single mais les Pistols doivent pour cela affronter toute une nation. La  presse réactionnaire fait passer le groupe pour de dangereux terroristes néonazis, les salles de concert refusent de leur ouvrir leurs portes, Malcom Mac Laren quitte les maisons de disque une par une avant de trouver la clémence de Richard Branson, patron de Virgin. C’est un fait, en 77, les Pistols sont partout sans même se montrer.

God Save The Queen devait à l’origine sortir le 27 mai, Mac Laren espérait que le single exploserait les ventes début juin, c’est-à-dire lors de la semaine des célébrations des vingt-cinq ans de couronnement d’Elizabeth II. Mais au vue de la pochette et des paroles effroyables de la chanson, les ouvriers de l’usine CBS refusent de fabriquer le disque ! Branson fait pression, mais à peine sorti le single est censuré par l’Etat qui sort l’artillerie lourde : aucune radio n’aura le droit de relayer la parole punk, aucune télé ne devra montrer le visage de la révolte. Cette répression d’un autre temps, les Pistols en sont à la fois les victimes et les instigateurs, la sortie de God Save The Queen est un coup de pub magistral en même temps que l’ultime provoc’ rock’n’roll. Les chiffres le prouvent : après une semaine, le single s’est déjà vendu à 150 000 exemplaires.

Les Sex Pistols sont une des seules voix à s’élever pour cracher sur une cérémonie ridicule consacrant un pouvoir ultraconservateur : « God save the queen, ‘Cause tourists are money […] God save your mad Parade ». Pour s’opposer à cette nation, les Pistols vont détourner les deux symboles british : la queen elle-même et l’hymne national. On en arrive ainsi à la fameuse pochette. Les Pistols opèrent un suprême blasphème : ils prennent la reine en otage. C’est la première chose que l’image évoque : les Pistols séquestrent Elizabeth, la bâillonnent et balancent une photo du forfait dans la presse, sur les murs, dans les foyers. Ils ne font alors que traduire leur terrorisme musical en image.

Mais plus que sa puissance évocatrice, c’est le procédé même qui relève du terrorisme artistique. Plutôt que de se forger une image de toute pièce, le groupe détourne des images déjà existantes : celle de la reine évidemment mais aussi les affiches de mai 68 que Jimmy Reid, encore une fois, s’ingénie à recycler. Tout ici obéit à cette logique terroriste du détournement, au premier lieu la transformation de l’hymne anglais en hymne punk.

Plus subtilement, on peut penser que cette pochette, comme celle de Nevermind the Bollocks, est une mise en scène de la parole punk. Les Pistols, en épinglant leur nom sur la bouche de la reine, prennent le pouvoir ; ils remplacent la parole de l’autorité par la leur, ils retournent la censure contre l’Etat même, ils l’obligent à fermer sa gueule et substituent à la propagande politique le désespoir punk.  Bref, ils célèbrent la puissance affirmative de la parole punk : Johnny Rotten décrète, un glavio dans le vibrato, que le futur n’existe pas, et c’est ce No Future qui fonde une génération.

Comment alors ne pas voir dans les punks les enfants déshérités et sans foi des bardes sixties et du folk de Dylan. Les punks cherchent à renouer avec ce rêve d’une chanson engagée, d’une parole qui raisonne, d’une musique performative, comme Guthrie voulait se persuader qu’une guitare était une machine à tuer les fascistes (Guthrie, évidemment le grand-père spirituel de Joe Strummer…). C’est pour cette volonté farouche de faire de la musique comme on manie une arme blanche que le punk est le dernier grand rêve du rock. Par les mots et par les cordes d’une basse qui claquent les punks lancent un appel à Londres, nous poussent à la subversion, chacune des chansons des Pistols nous gueule d’entamer un remake du cuirassé Potemkine version brasier d’Albion.

On peut regarder cette époque et l’histoire des Pistols comme des anecdotes au charme désuet. Les Pistols se battaient pour une liberté qui semble maintenant définitivement acquise. Pourtant un tel combat pour une liberté radicale est plus que d’actualité dans un pays où les écrivains devraient être soumis à un droit de réserve et où exposer une œuvre sur la façade des Beaux Arts et où il est écrit  « travailler plus gagner moins » est passible de crime de lèse-majesté.

2 thoughts on “God save the queen : Sex Pistols vs British nation

  1. Super l’article, rien à dire à part l’histoire des kakemonos immondes sur la façade des beaux-arts… Ce genre de provoc minable n’a rien à voir avec celle des Pistols à l’époque.
    Parce que cette provoc a été grassement payée à une artiste contemporaine minable, prenant l’art en otage sous des prétexte falacieux de politique.
    Les punks eux ne se seraient pas fait payer des dizaines de milliers d’euros ces baches pour BTP.

  2. Ping : 2000s/2010 : quel avenir pour le rock ? « Moustache

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