Theophilus London, un gangsta rocket à Brooklyn

Le garçon maîtrise la chose web avec dextérité et promet de devenir le next big thing de l’année. Il y a un an, il balance sur son site, http://theophiluslondon.wordpress.com/, une poignée de chansons qui n’en sont pas toujours vraiment, et crée un petit buzz, assez important en tout cas pour que son premier album soit attendu. Ces chansons ont été regroupées en deux mixtapes, This charming Mixtape et Jam.

Prochaine égérie de la génération du grand webting-pot, Theophilus London joue avec toutes les musiques qu’il a ingérées à coup de louche de streaming et de compiles ipodiennes. Les influences se télescopent, sans soucis de cohérence ou de bon goût. Theophilus manie images, mots et sons avec humour et auto-dérision. Il reprend ainsi la pochette de This Year’s model d’Elvis Costello, et titre en hommage à son groupe préféré (This charming mixtape fait évidemment référence à la chanson des Smiths, This charming man). Mais, sous le patronage de ces influences à l’étiquette « noble », Theophilus ose nous remixer I will always love you de Whitney Houston.

D’ailleurs, quand je dis remixer, je suis gentil. Car c’est limite s’il ne nous refourgue pas la chanson telle quelle, il entreprend juste une légère entreprise de déstructuration mélodique. Pareil pour la chanson Take my eyes off of You, dont le seul mérite est de nous faire écouter la version des Fugees.

Concrètement donc, là, on a rien, presque rien. Des mixtapes bancales, où beaucoup n’est que du vol. A lui tout seul Theophilus London explose toute tentative de loi Hadopi et se torche allègrement avec le droit d’auteur, pique ouvertement et sans aucune autorisation morceaux, images et titres de chansons. La démarche est-elle digne d’intérêt ? Plus encore, peut-on appeler ça de la création musicale ? Mais a-t-il seulement voulu faire de véritables morceaux ? Avec des titres comme I will always love U ou Take my eyes off of you, Theophilus voulait peut-être juste apparaître dans le champ musical, dans la logique de tous ces groupes qui créent leur page myspace avant même de composer la moindre chanson. C’est l’effet démocratico-libertaire d’internet : tout le monde est libre d’y publier ce qu’il veut, que ça vaille le coup ou pas. Internet stimule la création tout en étant par excellence l’univers de l’imitation et de la vacuité artistique. Néanmoins, Theophilus London, nouvel Hermès aux frontières de la new wave, de la pop eigthies et du hip-hop, n’est pas qu’une figure jouissive du voleur, et révèle au détour de quelques chansons une intelligence désarmante et un goût prononcé pour les voyages musicaux (il remixe Sabali d’Amadou et Mariam et sample les allemands de Krafwerk). Surtout, loin de recracher ce qu’il a englouti, il fait preuve d’une personnalité forte et immédiatement séduisante, faite de dandysme décalé et d’éclectisme je-m’en-foutiste. Sans compter qu’il redonne un coup de hip à l’exercice arty de la mixtape, compilation bricolée à la va-vite et distribuée sous le manteau.

Car il y a quand même de très bonnes compositions originales dans ces Mixtapes. Avec Ultra Violent par exemple, Theophilus nous balance un petit punk parfait aux rythmiques joydivisiennes et aux refrains à la Ian Curtis afro. Sur Cold Pillow, la production est résolument eighties mais évite habilement le kitsch, entre les nappes de synthèse la voix de Theophilus nous caresse dans le sens de la libido. Soles of Fire érige Theophilus London en soulman déglingué et révèle ses immenses capacités vocales. Et puis, enfin, Humdrum Town, son premier véritable single (ou il se reprend lui-même puisque Humdrum Town est une relecture de Hum Drum), publié il n’y a pas si longtemps et disponible sur son myspace, www.myspace.com/theophiluslondon. Sur un électro bidouillé à la MGMT, Theophilus pose son flow nonchalant et élastique. Le résultat : un rap ultra efficace, décontracté, sensuel et, toujours, à la limite du foutage de gueule. Et sur le clip, Theophilus met parfaitement en scène son personnage de dandy branleur en donnant l’air d’un rasta rocket se prenant pour Kanye West.

3 thoughts on “Theophilus London, un gangsta rocket à Brooklyn

  1. « I will always love you » a été composée et interprétée en premier lieu par Dolly Parton.
    Rendons à l’égérie des camionneurs US ce qui lui appartient …

  2. Ping : Cette semaine : Doisneau, Theophilus London, Manhattan Medea et l’indie rock épique « Moustache

  3. Ping : Theophilus London à la Flèche d’Or | A HYPE CALLED QUEST

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