Robert Doisneau : Réalisme poétique d’un regard amoureux.

.          .Qui mieux que Doisneau pourrait résumer cette idée de réalisme poétique, finalité recherchée par tous les photographes humanistes, courant dont il  a aussi été un des pionniers. L’exposition qui lui est consacrée à la Fondation Henri Cartier-Bresson jusqu’au 18 avril nous fait découvrir la face obscure de son travail, celle du « dur métier », loin des baisers langoureux du beau Paris. Essayons en quelques paragraphes de cerner le personnage et son œuvre, tous deux situés entre simplicité et professionnalisme, rêve et désillusion.

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Les Tueurs Melomanes © Robert Doisneau
Les Tueurs Melomanes © Robert Doisneau

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.          .Ah Doisneau ! Ces clichés uniques, ces instants de vie pittoresques que peu de photographes ont su capter, et surtout retranscrire. Mais qu’est ce qui rend son travail si singulier, au point de pouvoir dire d’une photo : « C’est un Doisneau ! » ? Pour commencer, ce sont des inspirations peu communes. Considéré comme l’un des fondateurs du mouvement humaniste en photographie, qui s’attachait à représenter d’avantage les personnages dans leur cadre de vie, il a été l’un des premiers à être inspiré par la littérature, là où la plupart de ses confrères tiraient leur génie de la peinture ou du dessin. Il a reconnu ce sentiment d’insuffisance de l’enregistrement photographique, constitutif d’un art qui précède l’émotion, et que la littérature tentait de combler au travers des légendes de ses clichés. Malgré cela, Doisneau n’a jamais pu se détacher de ce besoin de réalisme, de cette envie de prouver aux autres que son monde existait réellement.

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Cyclo-Cross à Gentilly © Robert Doisneau
Cyclo-Cross à Gentilly © Robert Doisneau

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.          .Justement, quel était son monde ? Né en 1912 dans une famille bourgeoise de Gentilly, Doisneau n’a jamais pu supporter l’univers dans lequel il grandit. Sa première photo prise de sa chambre en 1930 nous le montre bien. Il déplorait la jeunesse condamnée à grandir dans ces banlieues acides, et rêvait pour elle d’un monde meilleur. Au delà du pittoresque, on découvre que sa « géographie secrète » est un univers sombre, sans jamais être inhumain. En effet, Doisneau ne cherchait pas à dramatiser la vie qu’il essayait de retranscrire au travers de ses clichés. Ce besoin de réalisme allié à ce regard enfantin qui imprègne ses photos en font toute l’originalité.

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L'Usine © Robert Doisneau

L'Usine © Robert Doisneau

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.          .Pour Doisneau, le travail du photographe est donc assez proche de celui de l’écrivain. « Former son attention et développer son talent » n’est pas une fin en soi, car avoir un bon sens de l’observation ne donne qu’une connaissance extérieure et superficielle des choses. L’important est  ce « regard amoureux » dont parlait Proust, et qui, au contraire, permet d’enregistrer une image globale qui autorisera le photographe à restituer au moment opportun les données de son expérience, dans une forme qui les rend intelligibles et communicables. Il ne s’agit donc pas de regarder mais de savoir recevoir, de  conserver ce sentiment, cette émotion, pour pouvoir seulement ensuite les retranscrire au moyen de l’appareil photographique.

Cette conception particulière de la photo peut en déranger plus d’un. En effet, on reprochera à Doisneau le fait d’organiser des mises en scène lors de ses reportages. Mais ces dernières ne faisaient que traduire une émotion, une scène atypique visionnée par le photographe, mais malheureusement pas saisie au bon moment. C’est le cas du fameux Baiser de l’Hôtel de Ville, cliché orchestré et peu apprécié par Doisneau, qui tentait de reproduire une scène qu’il avait vu au même endroit peu de temps avant.

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Le cheval tombé © Robert Doisneau

Le cheval tombé © Robert Doisneau

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.          .Ainsi Robert Doisneau aura su comme personne saisir avec professionnalisme ces anecdotes improbables, ces images si insouciantes et agréables composées de rencontres d’un instant. Mais l’exposition qui lui est consacrée actuellement, intitulée « Du métier à l’œuvre », nous rappelle qu’il travaillait avant tout pour survivre. Survivre à l’angoisse de ne pas être. Approché d’une manière inédite, on y découvre une face méconnue du photographe, qui fait tomber ce masque pittoresque qui caractérise son style pour nombre d’entre nous. On y voit un artiste mélancolique, mais qui jamais ne perdra sa simplicité et son regard amusé. C’est donc l’occasion idéale pour découvrir un Doisneau moins « carte postale », plus proche de ce qu’il voyait vraiment dans le Vieux Paris. Cette nouvelle image en dérangera plus d’un, mais il est essentiel d’aborder ainsi l’ensemble de son travail pour saisir pleinement ce réalisme omniprésent et ce « regard amoureux » qui font la force et l’originalité de son œuvre.

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.     .Exposition jusqu’au 18 avril à la Fondation Henri Cartier-Bresson.

2 thoughts on “Robert Doisneau : Réalisme poétique d’un regard amoureux.

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