Le phénomène Glee : Sing me a song !


La nouvelle série créée et produite par Ryan Murphy (créateur de Nip/Tuck) suit les aventures d’une bande de gamins plus ou moins populaires (surtout moins) et de leur professeur d’espagnol, qui tente de remettre sur pied la chorale du lycée. Cette série musicale un peu spéciale montre que Ryan Murphy a encore une fois réussi à faire monter le buzz. Glee récolte prix sur prix, dont dernièrement le Golden Globe de la meilleure série comique ou musicale. Elle voit sa popularité croître de jours en jours,  au point de devenir un véritable phénomène de société et ce qu’importe si la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.

Les américains adorent les comédies musicales. En film, sur scène, le musical est un genre en soi très important dans la culture américaine. Jamais démodée, la comédie musicale est un genre très populaire qui plait à diverses classes sociales et surtout à diverses classes d’âge. Pourtant quand Ryan Murphy a proposé à la Fox une série musicale dans un lycée, les cadres dirigeants ont eu un peu peur. Et pour cause, soit le programme allait devenir une sorte d’High School Musical, c’est-à-dire un programme niais pour fillettes de 6 à 12 ans ; soit, vu le pedigree de Murphy, un teen drama trash. Après un pilot écrit et réécrit cent fois, le programme aboutit à un savant mélange des deux.

Un lycée, une chorale, des pom-pom girls, des losers etc…

Glee raconte les aventures de Will Schuester, professeur d’espagnol, qui tente tant bien que mal de redorer le blason de la chorale du lycée. Ses étudiants sont quasi tous des losers : Rachel la diva que tout le monde déteste et qui fera tout pour être connue, Archie le garçon en fauteuil roulant, Kurt le jeune gay, et j’en passe. Tous isolés dans le lycée, ils se retrouvent à côtoyer dans le club le peu de gens populaires qui acceptent d’en faire partie : Finn le quaterback du lycée et son meilleur ami Puk qui risquent leur popularité pour faire partie du club, et quelques cheerleaders, là pour espionner la chorale pour le compte de Sue Sylvester, leur entraineur qui cherche à détruire Will à tous prix. Au milieu de tout ça les gens chantent. Mais attention, contrairement à Fame ou autres, on danse rarement au milieu de la cafeteria, la plupart des numéros sont inclus dans les répétitions ou représentations de la chorale.

Une qualité inégale

Autant le dire tout de suite Glee est une série qui possède d’indéniables qualités mais aussi de gros défauts. Comme ce fut le cas pour Nip/Tuck, l’autre création de Murphy, le programme est très inégal. L’idée de départ est géniale. Les numéros musicaux sont souvent très réussis bien que le choix des chansons soit quelque peu facile par moments. Les morceaux sont issus de styles très différents (rap, rock, soul…) et sont souvent des classiques dans leur genre (Somebody to love de Queen, Gold Digger de Kanye West, Single Ladies de Beyoncé ou Sweet Caroline de Neil Diamond). Les acteurs/chanteurs sont très bons, surtout Matthew Morrisson (Will) et Lea Michele (Rachel). Jane Lynch qui joue Sue Sylvester, la rivale de Will, est exceptionnelle. Elle transforme toutes ses répliques en or (  »I can’t stand the sight of kids getting emotional, unless it’s from physical exhaustion. »). Le tout est donc au premier abord très frais, très sympathique, très drôle même si un peu potache (le running gag sur l’éjaculation précoce reste toute fois très drôle). L’esthétique est très colorée, très soignée, un brin kitch mais c’est aussi le charme de ce genre de programme. En fait, le vrai problème de la série réside dans son scénario. Certains personnages sont tellement mal écrits qu’ils en deviennent insupportables. C’est le cas de la femme hystérique de Will, dont chaque apparition me donne envie de courir en sens inverse sur l’autoroute, ou Queen la stupide pom pom girl dont toutes les actions sont prévisibles. Rachel est  par moments insupportable mais c’est la raison d’être du personnage. Certaines histoires sont ridicules et s’étirent sur dix épisodes. De plus, comme ce fut le cas pour Nip/Tuck, Glee veut parfois en faire trop. Ce sont des séries sous acide où un milliard de choses se passent en apparence mais où à la fin de l’épisode rien n’a vraiment changé. Il faut aussi arriver à passer la bonne dose de pathos apparemment essentielle à toutes les séries américaines.  Finalement, le programme alterne entre de très bons épisodes (Pilot, Mash-ups, Wheels, Sectionnals) et de très mauvais (Ballad,  Preggers, Hairography).

Une stratégie marketing qui fonctionne

Mais le succès de Glee outre-atlantique repose surtout sur son marketing. Le pilot lancé après American Idol en mai dernier a provoqué un engouement énorme. Toutes les chansons ont été mises en vente sur iTunes et ont connu un énorme succès. L’attente  de quatre mois entre le premier et le deuxième épisode a continué à entretenir le buzz. Même si les audiences ne sont pas incroyables (8 millions de téléspectateurs contre 12 pour House sur la même chaîne), les fans sont nombreux et le programme attire aussi bien les adolescents que les adultes amateurs de l’univers peu consensuel et assez graveleux de Ryan Murphy. Ces derniers temps, la série remporte prix sur prix et les deux bandes originales se vendent comme des petits pains. Les critiques, elles, sont encore divisées mais même les plus virulents détracteurs comme Alan Sepinwall, célèbre critique du Star Ledger, sont en train d’être conquis pensant que le show a enfin trouvé son rythme. La popularité de Glee ne fait donc que grandir.

Quelques extraits :

. . .

Glee est pour moi un très bon guilty pleasure : facile, efficace et drôle. N’y cherchez pas une critique de la société américaine, de la célébrité ou ce genre de choses. Glee n’est pas une série intelligente. Ce n’est ni Mad Men, ni Breaking Bad ou même Lost. En prenant plus de risques, en choisissant des chansons plus osées  et en arrêtant les situations prévisibles (la pom pom girl qui couche avec le meilleur ami de son footableur de copain) Glee pourrait devenir bien plus qu’un guilty pleasure. Il n’est pas nécessaire de tout exagérer pour oser et être  novateur. Arrested development dont je parlerai dans quelques semaines a su au cours de ses trois saisons innover et choquer, sans en faire des tonnes.  Au vu de son parcours, on peut légitimement douter de la capacité de Ryan Murphy à insuffler un souffle nouveau à la série. Il y a de grandes chances que la série se perde en conjectures comme ce fut le cas pour Nip/Tuck, qui après trois saisons fantastiques s’est transformée en porno chic sans scénario. Espérons qu’il ait appris de ses erreurs et que Glee garde toute sa fraicheur tout en gagnant en contenu. 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s