Sex Pistols : punk situationism

Never Mind the Bollocks, Here’s the Sex Pistols, sorti le 28 octobre 1977, est le seul album des Pistols. Leur moins bon et leur meilleur. Ce que le punk a fait de plus sincère et de plus fumiste. Pour vous parler de l’artwork fondamental de ce groupe, je commencerai pas la pochette de cet album. Et, dans une prochaine chronique, je parlerai de leur single, God Save The Queen.

1976. Éclosion du mouvement punk, dans le sillage des Ramones. La Grande Bretagne est un pays du tiers-monde, la crise industrielle et le chômage touchent toutes les villes. L’abominable rock progressif règne sur l’Angleterre, aussi indigeste et choucrouté que les chapeaux de la reine.

La pochette de Nevermind The Bollocks est sans doute une des plus connues et des plus influentes de l’histoire du rock et elle résume parfaitement la musique et la philosophie des Sex Pistols. Directe, provocatrice, des mots découpés et collés en mode lettre anonyme. Sauf que les Pistols apposent leur nom bien en évidence, ils ont les couilles pour assumer ce qu’ils braillent, en l’occurrence des paroles parmi les moins connes de l’histoire du rock.

Cette pochette paraît totalement spontanée mais elle n’en est pas moins minutieusement agencée, totalement calculée, à l’image de l’histoire du groupe. Car les Sex Pistols, on l’a assez répété, ne sont rien d’autre qu’une vaste opération de communication. Le groupe est créé de toutes pièces par Malcolm Mc Laren et Vivien Westwood (comme l’autre boys band punk, The Clash, a été créé par Bernie Rhodes) afin de promouvoir leur boutique de fringue SM, Sex. Jonnhy Rotten et consort se voient donc obligés d’adopter le nom du magasin comme nom de groupe (qui propose aux BB Brunes de se rebaptiser « Comptoirs des cotonniers ? ») et doivent porter les fringues qui y sont vendues. Punk et travail sur l’image sont donc profondément liés et la pochette de Nevermind The Bollocks – dont la traduction imparfaite serait « On s’en bat les couilles » – en est une parfaite illustration.

On doit cette pochette au graphiste Jimmy Reid qui, comme de son ami Malcom McLaren, est fasciné par l’agitation politique et par le situationisme. Jimmy Reid recycle donc l’iconographie situationiste (dont la spécialité est de détourner les images de la société de consommation) et les affiches de mai 68. Cette pochette rappelle l’urgence de la révolte, sa violence, son je-m’en-foutisme. Mais la force de cette pochette réside avant tout de son pouvoir d’affirmation : Here’s the Sex Pistols, Voilà les Sex Pistols. Le message a le mérite d’être clair et conçi. On aurait tôt fait de ne voir dans l’unique album des Sex Pistols qu’un bloc de négation, symbolisée par le slogan punk ultime « No Future », forgé par le groupe. Les paroles de Rotten sont d’une violence critique exacerbée, d’un nihilisme satirique et bilieux, mais la pochette affiche la puissance affirmative qu’est la parole du groupe. En effet, cette affirmation ne porte pas sur un objet en particulier, sur une idée ou une valeur à défendre, mais sur la parole elle-même, l’affirmation c’est celle de la prise de parole des Pistols. On est là, on refuse de se taire, on ouvre sa gueule et on fait chier son monde. Toute la force et toute la revendication du punk est là. C’est grâce à cette mise en scène de la parole punk que les Sex Pistols vont devenir l’emblème du mouvement.

Mais si cette pochette est faite pour choquer, autant esthétiquement (les couleurs sont quand même franchement laides) que politiquement (écrire sur une pochette le mot « couille » n’aillait pas de soi à l’époque !) les Pistols ne se prennent jamais trop au sérieux et l’emphase de la déclaration n’est pas à lire sans ironie. L’humour du groupe n’a cependant pas été très, très bien perçu à l’époque puisque ils ont été trainés au tribunal pour l’utilisation du terme « bollocks » et ont dû affronter la censure du pouvoir.

L’artwork des Sex Pistols est donc fondateur de l’esthétique punk et surtout, il donne au mouvement une identité visuelle, une image, placée sous le signe de la provocation politique et esthétique. Les Sex pistols, sulfureux VRP du rock.

7 thoughts on “Sex Pistols : punk situationism

  1. Deux remarques sur deux phrases quelque peu irritantes :
    – « l’abominable rock progressif » : je crains que cette sortie trop définitive pour être honnête n’empêche le rédacteur de s’attaquer à une autre pochette fameuse de ce que le rock progressif anglais a pu produire de meilleur (in the court of the crimson king), voire d’ailleurs l’ensemble des productions de la canterbury school.
    – « l’autre boys band punk, The Clash » : Bernie Rhodes a plutôt réuni des musiciens jouant alors dans des formations plus obscures (101ers pour Strummer, London SS pour Chimes, Simonon et Jones).
    Amicalement.

    • Tes remarques sont justes mais portent sur des traits d’humour ! Tout n’est pas à prendre au premier degré, loin s’en faut. Le rock n’est pas une chose sérieuse !

      En ce qui concerne le rock progressif, c’est clairement un mouvement que je n’aime pas, même s’il ne faut pas mettre tous les groupes dans le même sac. Là, je faisais plutôt allusion aux « gros vendeurs » comme Yes ou Genesis. Et puis « l’abominable rock progressif », c’est l’avis des punks ! Prends-t-en à eux ! ^^

      Pour les Clash, en quoi ce que tu dis va à l’encontre du boys band ? Un boys band c’est un groupe monté de toutes pièces par des producteurs à des fins commerciales. C’est le cas avec les pistols, et aussi avec The Clash. Que les musiciens aient joué dans d’autres groupes avant n’importe pas vraiment. Et puis Simonon a été engagé seulement pour sa belle gueule et son style vestimentaire, il savait à peine jouer de la basse ! Alors boys band, oui. Grand groupe, évidemment, ce n’est pas contradictoire.

      En tout cas, je te remercie pour ce commentaire long et réactif. Ca crée le débat et c’est ce qu’il faut à tout blog qui se respecte !

      PS : Si tu veux chroniquer la pochette de In the court of the crimson king, libre à toi ! je te laisse mon clavier avec plaisir.

  2. Boysband ? On est en plein délire les mecs, on voit que vous n’avez jamais fait de groupe de rock … Typique. J’explique: quand on forme un groupe tout compte, le son, les influences, les personnalités, le look évidement et surtout l’ENVIE quand Mick Jones cherchait des musiciens il voulait réunir tout cela et il y a réussi en choisissant des personnalités qui pouvait apporter quelque chose d’intéressant au groupe. Réduire Paul Simonon a sa belle gueule et LE CLASH à un boysband est stupide et surtout faux. Simonon a trouvé le nom du groupe et l’esthétique (étudiant en école d’art, il est depuis devenu peintre …) puis a apporté son amour du reggae au CLASH a a donc radicalement influencé le groupe … Imaginer LE CLASH avec un bon bassiste fan de KING CRIMSOn hahaha quelle horreur. LE CLASH et les PISTOLS sont tout sauf des boysband, c’est bien français je trouve comme façon de voir, vous etes traumatisé par la télé réalité, contentez vous de ne pas la regarder!
    Bon sinon je trouve ce Blog plutôt bien … et puis quelqu’un qui déteste le rock progressif ne peut pas être foncièrement mauvais …

    have fun

    dreadz

  3. bon article, même si l’absence de référence à Neu!, à qui les Pistols doivent beaucoup (musicalement autant qu’esthètiquement) me gêne un peu.

  4. Je suis ravi de voir qu’une simple blague, sur un simple blog, peut déclencher autant de réactions. « Boysband ? On est en plein délire les mecs, on voit que vous n’avez jamais fait de groupe de rock … Typique.  » Dreadz, calmez-vous ! Pourquoi se braquer pour rien ? Merci en tout cas de nous fournir une bio complète de la formation du Clash, ça m’évite de mettre un lien vers wikipédia pour les lecteurs qui ne comprendraient pas les blagues et feraient du rock une religion au point de crier à l’échafaud contre les « stupides » qui prônent le « faux ».
    D’ailleurs, si vous manquez autant de second degré, je me demande vraiment comment vous pouvez réellement apprécier le rock. Mais bon, ce que j’en dis.

    Bien à vous,

    Vickyroi

    PS : Le caniveau, c’est vrai que NEU peut être considéré comme une influence, même si je ne trouve pas ça totalement évident du point de vue visuel. Certes, n’est écrit sur la pochette que le nom du groupe, et à la main, obéissant à la même esthétique de l’inesthétique, mais l’enjeu politique de la prise de parole est lui totalement absent.

    • pas d’accord.
      Le fait de mettre en avant le seul Neu! (nouveau!, vieille chimère de la société de consommation) participe de la même logique.
      Leur discours était certes moins travaillé que celui des Pistols (enfin, plutot celui de Mc Laren), mais on retrouve les mêmes bases: le Situationisme et le Pop Art.

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