Playliste au Père Noël : Best of 2009 2/2

Encore cinq albums et après, c’est promis, 2010 commence. Au programme de cette dernière salve annuelle : Dark was The Night, The Dodos, Dan Deacon, Nirvana et Ben Jarry & Marc Morvan.

Dark Was The Night

Une compilation, ça se révèle souvent déceptif. Le casting a beau être alléchant on est toujours un peu déçu par le résultat, la faute à des chansons estampillées fonds de tiroirs ou reprises enregistrées à la va-vite. Sauf que sur Dark Was The Night, album censé lever des fonds pour la lutte contre le sida, les morceaux sont tous des originaux et surtout forment un tout très cohérent, un véritable album. Les artistes majeurs de la scène indé américaine (Sufjan Stevens, The National, Antony, Grizzly Bear, David Sitek, Bon Iver…) composent un album en forme d’état des lieux musical des années 2000 ; leurs chansons accompagnent notre décennie et la peignent tout en gris, couleur qui donne son unité, son ton à l’album.



The Dodos, Time to Die

Troisième album pour les sorciers californiens qui reviennent nous proposer leur folk sauvage et bricolé. L’énergie de Visiter a laissé la place à plus de finesse, à un songwriting plus contenu et plus touchant. Les percussions sont toujours hallucinantes mais cette fois la guitare leur répond avec douceur, tressant des mélodies lumineuses. Time to Die est un disque de marabouts invoquant le soleil, un album solaire, sûrement grâce au producteur Phil Ek, aussi responsable des albums des Shins et de Fleet Foxes. Ce n’est pas pour autant l’heure de la simplicité pour les deux plumitifs, les chansons sont toujours de véritables méandres, à tout moment elles peuvent basculer, à tout moment guitare et batterie peuvent se rejoindre dans une cavalcade déglinguée, le chant devenir possédé et incantatoire, répétant en boucle, comme sur Small Death, «We can’t, we can’t all…»

Dan Deacon, Bromst

Parfait pour se débarrasser Définitivement de ses neurones. L’album ne rend pas tout à fait la folie des concerts de Dan Deacon, mais donne une bonne idée de la folie du garçon : pour composer une chanson, rien ne vaut de mettre en boucle les aboiements d’un chien jouet, d’utiliser des voix sous hélium et de multiplier les beats à une cadence extatique. C’est tellement insupportable que ça en devient génial. Parfois la musique se fait plus complexe et intelligente, comme le prouve le morceau d’ouverture, Build Voice, braconnant sur les terres d’Animal Collective, avec ce long crescendo, ces sons qui s’accumulent et la chanson qui s’amplifie enfin pour atteindre des dimensions cosmiques. Bromst ne nous laisse aucun répit, les chansons assaillent nos sens, détruisent méticuleusement notre cerveau minute après minute pour finalement nous rappeler que la piste de danse est peut-être le dernier endroit où la transe est possible.


Ben Jarry et Marc Morvan, Udolpho

Cet album est une petite merveille, reposant sur cette idée géniale : mêler une guitare et un violoncelle dans un dialogue intemporel. Les deux musiciens ont une plume d’une grande classe et d’un raffinement certain. Morvan joue de la guitare avec une grâce absolue et murmure à notre oreille comme un vieil ami. Dépouillée, la beauté est ici réduite à son plus simple appareil même si, parfois, l’électricité n’est pas loin, convoquée paradoxalement par le violoncelle de Jarry qui tient autant de Nick Drake que des dissonances de Sonic Youth. Dans tous les cas, ça donne vraiment envie d’aller s’enfermer avec des lapins au fin fond de la campagne.



Nirvana, Live at Reading

Pour beaucoup Nirvana est LE groupe de l’adolescence, un des premiers écoutés mais, après coup, il est toujours de bon ton de regarder ce groupe de la même façon qu’on regarde cette période de notre vie : avec un brin de mépris. Ce live remet les choses au clair. Sur scène la musique de Nirvana était démente, âpre, radicale, furieuse. Cobain multiplient les dissonances et s’amuse à chanter faux. Dave Grohl est le meilleur batteur du monde. On est loin de ce son poli de Nervermind qu’on leur a tant reproché et on comprend que le but de Nirvana n’a jamais été de vendre des cargaisons de disques. Il est rare que trois musiciens se donnent autant lors de leurs concerts, avec un telle sincérité, une telle énergie et une telle rage, en foutant toutes leurs tripes en l’air. Il aura fallu presque vingt ans pour se rendre compte que Nirvana était un groupe de scène, rien d’autre.


3 thoughts on “Playliste au Père Noël : Best of 2009 2/2

  1. Ping : Bilan de l’année musicale sur Moustache. « Moustache

  2. Ping : Mockumentary: Rire du ridicule de l’ordinaire. Deuxième partie: The Office (US) « Moustache

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s