Playliste au Père Noël : Best of 2009 1/2

Où pop céleste, garage rock cradingue, crooner bituré et hôpital déglingué croisent le fer et les mélodies en toute impunité. Voilà donc une petite sélection des albums que j’ai préféré cette année, sans parler de Meriweather Post Pavillon de Animal Collective, dont j’ai parlé dans un précédent article et qui, de toute façon, est à classer parmi les meilleurs albums de la décennie.

 

Grizzly Bear, Veckatimest

On ne le redira jamais assez, Grizzly Bear est un des groupes pop les plus passionnants du moment, accomplissant avec Veckatimest l’exploit de jouer une musique totalement accessible et profondément expérimentale. Veckatimest est le meilleur exemple que la pop peut être efficace et intelligente, populaire et exigeante. Toutes les chansons sont d’une beauté fascinante, nous surprennent toujours sans jamais nous déstabiliser, véritables invitations au voyage, un voyage où le seul but serait de s’émerveiller du paysage qui défile sous nos yeux. Prenez Two weeks, son synthé et sa guitare euphoriques et sautillants, ses harmonies vocales ascendantes en formes d’immenses sapins. Enfin, si Veckatimest défriche des territoires inexplorés, Grizzly Bear refuse les facilités du tout électronique, comme une version sylvestre et discrète de la pop psyché d’Animal Collective.


 


 

Fredo Viola, The Turn

Ou comment réinventer les Beach Boys au XXI siècle en douze chansons kaléidoscopiques, avec petites boucles électro de rien du tout et voix aérienne qui est une chorale à elle toute seule. Avec ses comptines chantées dans une langue inventée, Fredo Viola nous emmène sans peine vers les sommets où trône sa voix et ne nous laisse jamais redescendre. Et en même temps tout ça est extrêmement ludique, Fredo Viola s’amuse avec sa voix comme un ange espiègle qui se joue de nous en étant tour à tour bouleversant et facétieux. A l’image des vidéos qu’il a bricolées chez lui pour illustrer ses chansons, véritables petits bijoux où le monde et les corps se démultiplient au fil de la voix de Viola.


 

 

 

The Antlers, Hospice

Dans la catégorie «chialons un coup» cet album là en tient une couche ; Peter Silberman y raconte le séjour d’un de ses proches à l’hôpital. Tout commence logiquement avec un prologue, puis le vrai miracle s’opère à la 42e seconde du deuxième morceau, Kittering. La voix de Silberman s’élève, magnifique, déchirante, contenant en elle toute la fragilité et tous les doutes de l’humanité. Du piano émerge ensuite un bruit blanc, un mur de son au sommet duquel Silberman dépose sa voix, toute de douleur contenue. Mais le tour de force de cet album est de ne pas se complaire dans le pathos et de laisser entrer la lumière à plusieurs reprises, histoire de faire sourire entre deux vagues de larmes. Un grand album.


 


 


Richard Hawley, Truelove’s Gutter

La musique de Richard Hawley a cette particularité d’être hors du temps, habitée certes par le passé mais jamais passéiste. Ses chansons sont traversées pas des fantômes, des guitares spectrales qui s’effacent aussitôt apparues, des sons lointains qui se perdent dans l’écho. Les chansons de Truelove’s Gutter suggèrent plus qu’elles ne montrent. Toutefois, Richard Hawley publie ici son album le plus produit, les arrangements sont superbes et sculptent le parfait écrin pour sa voix de baryton. Et cette voix, putain cette voix ! Richard Hawley joue une nouvelle fois son rôle le plus sublime, un Elvis de caniveau errant dans les rues de Sheffield à longueur de nuits et posant sur les amoureux et les ivrognes un regard empreint de bière et de mélancolie.


 


 

The Obits, I Blame You

Pour briser la monotonie d’une année trop pop, rien de mieux que du rock garage sans prétention, bien sale, bien joué, parfaitement balancé dans la gueule de l’auditeur. Ces vétérans de l’underground américain, après avoir monté et démonté une flopée de groupe, ont enfin signé sur un label connu, en l’occurrence Sub Pop. Les quatre gars maîtrisent parfaitement leur affaire, jouent avec un timing parfait sans jamais perdre en spontanéité, comme si un éjaculateur précoce avait eu la chance de se trouver une fille atteignant l’orgasme en 5 minutes. Reste que, s’ils font du bruit, The Obits ont avant tout de super mélodies, et ce grâce, notamment, à un bassiste de génie, au groove crade, meilleure preuve que la basse n’est pas condamnée à jouer le papier peint derrière les guitares. Donc The Obits, c’est con, ça amène rien de nouveau, mais ça fait du bien.


 

 

One thought on “Playliste au Père Noël : Best of 2009 1/2

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