Hadewijch, film en marge et idées fortes, Bruno Dumont laisse penser le fanatisme.

Le nouveau Bruno Dumont, philosophe et cinéaste, ne cherche pas à répondre à une question précise, ne cherche pas à nous refourguer une réponse au conflit qui existe entre les aires culturelles et religieuses. Il cherche seulement à ressituer le fanatisme de toute sorte à notre porte.

Rapprocher le fanatisme du quotidien.

Hadewijch, ou Céline, jeune chrétienne désabusée par le manque d’amour de son foyer, est amoureuse du Christ. Au couvent, son amour excessif la force à partir, à retourner dans la vraie vie, à être une exclue. Que se passe-t-il alors ? Son exclusion la mène vers d’autres exclus, exclus qui par amour de Dieu seront haineux d’être déconsidérés, se sentant humiliés par le système majoritaire. Ce qui apparaît intéressant, c’est la proximité du fanatisme qui est montré ici. Loin de diaboliser le phénomène, notre réalisateur le présente comme à la porte de notre quotidien. Que ce soit dans le regard en biais sur l’autre, ou dans le refus d’ouverture sur la foi de son propre voisin. Semblant relever le problème de la distanciation  au phénomène inquiétant et surmédiatisé du fanatisme religieux, il faut s’interroger ici sur son aspect concret, brut, commun. Par son éloignement on ne le considère pas, on joue finalement le jeu du fanatisme et le jeu des martyrs. Or le plus souvent l’exclusion conduit à l’intégrisme, au communautarisme et à la violence. Que ce soit un fanatisme d’amour, de haine ou les deux, il faut prendre à bras le corps ce qui dérange, ce qui est contre l’habitude. Fermer les yeux, jeter le problème plus loin, c’est laisser le problème se transformer en drame.

Laisser sentir le spectateur.

Très clairement ce film dérange. L’image est un peu kitsch, les acteurs sont peu maîtrisés et pourtant bien dirigés vers une mise en scène des plus réalistes. Encore une fois, tant sur le fond que sur la forme on peut sentir la volonté de Bruno Dumont de montrer sans presser, de guider sans contraindre. Certains ne verront rien de beau dans les plans filmant la nature, les acteurs, les paysages, d’autres y sentiront tout ce que le mystique a de prégnant dans notre univers, même si on croit s’en défaire par excès de rationalisme. On entend déjà la critique poindre, que c’est un film de philosophe qui veut pousser le spectateur à s’interroger, sans vraiment apporter quoique ce soit sur le fond et qui ne prend pas position. Pourtant le vrai philosophe c’est justement celui qui interroge, qui remet en cause sans s’arrêter à sa première idée. Moi je prends le parti de ce genre de film, ces films qui ont un écho pour le spectateur attentif, sans le gaver ou juste le distraire. Un film à aller voir sans préjuger, avec un regard bienveillant sur sa forme : comme un film hors-cadre  qui mérite son détour.



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