Animal Collective, maîtres du monde

 

Comment décrire la musique d’Animal Collective ? Le propre de cette musique semble en effet d’être indescriptible car insaisissable et toujours mouvante. Et c’est encore plus le cas avec Merriweather Post Pavillon, oeuvre pop majeure, grande messe païenne jouée au fond d’une grotte sous-marine.

Animal Collective publie donc enfin son chef d’œuvre. Depuis plusieurs années les trois américains s’imposent comme un groupe de tarés toujours passionnants, se renouvelant sans cesse et dynamitant tous les genres musicaux. Sung Tongs faisait du folk sur un accord, Feels était une grande fête hippie version drogues de synthèse, Strawberry Jam une espèce d’électro foutraque. La prouesse réalisée par Merriweather Post Pavillon est qu’Animal Collective invente enfin sa propre musique, sans passer par le prisme d’univers déjà existants. Plus encore, cet album crée tout un monde, un monde qui vit et se développe au fil des chansons, et ça peu d’albums arrivent à le faire. La musique d’Animal Collective est ainsi une musique vivante, organique, qui se transforme et mute sans cesse, à chaque respiration. Elle habite l’espace, envahit la moindre parcelle de l’endroit où on l’écoute. Autour de nous, on peut sentir le vide s’animer, prendre vie, palpiter.

Et la vie, sur Merriweather Post Pavillon, est aquatique. L’eau est en effet l’élément fondamental de cet album, une eau dans laquelle on se plonge, entendant autour de nous les bruits du monde, étouffés et distordus. L’album est parcouru par des sons aqueux, comme sur l’intro d‘In the Flowers ou d’Also Frigthened, donnant l’impression que les chansons émergent d’une caverne enfouie au fond des océans et d’où s’échapperaient les murmures d’une civilisation oubliée.

D’ailleurs, écouter Merriweather Post Pavillon s’apparente à une expérience mystique : pris dans les boucles électro et la mélopée des chants (les harmonies vocales sont sublimes, le groupe n’a jamais aussi bien chanté que sur My Girls) l’auditeur entre en transe, il s’oublie et se met à danser, il se noie dans la physis et se laisse pénétrer pas les énergies troubles qui traversent les chansons de Merriweather Post Pavillon. Essayez de résister à la puissance de Summertime Clothes ou de Daily Routine, parfaite BO pour nuits schizophréniques. Et cette expérience peut toucher tout le monde, Merriweather Post Pavillon est en effet l’album le plus accessible d’Animal Collective, car le plus mélodique. Les mélodies sont certes toujours complexes, mais cette fois se font accrocheuses ; les détours qu’elles empruntent ne servent qu’à toucher plus directement l’auditeur.

Ce qui fait le force de Merriweather Post Pavillon c’est aussi son incroyable cohérence. Les précédents albums débordaient tellement d’idées qu’ils perdaient parfois l’auditeur en route alors qu’ici, Animal Collective arrive à inscrire ce trop plein dans de véritables chansons qui nous retiennent captifs tout du long. Aucune des pistes ne dépasse les 6 minutes et, paradoxalement, la musique ne prend que plus d’ampleur. Les bidouillages expérimentaux sont animés par un véritable souffle épique. Claude Pichois disait à propos des sonnets de Baudelaire que «14 vers peuvent aussi enchâsser l’infini». Je crois que c’est la même chose dont il s’agit ici : limiter la durée des chansons ce n’est pas brider son imagination mais s’astreindre les contraintes nécessaires pour condenser sa musique et n’en garder que l’essence.

Enfin, à une époque où les albums s’écoutent de manière fragmentaire et presque jamais d’une seule traite, Merriweather Post Pavillon nous rappelle qu’un album de pop s’écoute de la première minute à la dernière minute. C’est une nécessité si on veut plonger tout entier dans cette musique et vivre l’expérience sensorielle extrême qu’elle nous offre. Je ne résiste pourtant pas à l’envie de vous faire écouter un extrait.

 

5 thoughts on “Animal Collective, maîtres du monde

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