Mockumentary: Rire du ridicule de l’ordinaire. Deuxième partie: The Office (US)

Cette semaine je continue mon tour d’horizon des séries utilisant le Mockumentary (faux documentaire) comme procédé narratif. Après The Office UK (partie 1), je m’intéresse à son adaptation américaine, plus que réussie. Par la suite, nous verrons Quelques nouveautés (partie 3).



Les remakes sont toujours mauvais, c’est bien connu. Surtout s’ils sont américains. Alors évidemment quand NBC décide d’adapter The Office, beaucoup de gens se sont dits que c’était tout simplement du suicide. Greg Daniels, producteur et scénariste pour les Simpsons et le Saturday Night Live, qui est chargé de l’adaptation, décide de garder plus ou moins le même cadre.  L’ entreprise vend toujours du papier mais elle est ici située dans une petite ville de Pennsylvanie: Scranton. Les personnages principaux, eux, gardent les mêmes caractéristiques. David, Gareth, Tim et Dawn deviennent juste Michael, Dwight, Jim et Pam. Mais contrairement aux autres adaptations de The Office à travers le monde, il décide de tourner avec des scripts originaux, hormis pour le pilot. La première saison constituée de 6 épisodes et qui est diffusée en Mars 2005 sert de test. Les audiences ne sont pas très bonnes et pour cause  les épisodes ne sont pas très bons. Hormis Diversity Day et The Alliance, le tout est très moyen, surtout parce que le personnage de Michael Scott joué par Steve Carell ressemble un peu trop à David Brent, mais en moins bon. La série est tout de même reconduite pour une deuxième saison. Entre temps Steve Carell devient une star avec le film 40 ans toujours puceau. Le premier épisode de la saison 2, The Dundies, rassemble deux fois plus de spectateurs que le dernier diffusé, d’une part parce que la notoriété de Steve Carell est désormais énorme mais aussi parce que l’épisode est considéré par les critiques comme très bon. A partir de The Dundies, The Office n’est plus seulement un remake, les scénaristes ne copient plus le modèle anglais, ils s’en inspirent seulement. Le programme a alors sa propre identité, son humour, ses personnages.

Michael Scott: World’s Best Boss:

La vraie force de la deuxième saison de The Office est en fait d’empêcher Michael Scott de devenir une caricature de David Brent. Steve Carell n’est pas Ricky Gervais, et l’humour américain n’est pas l’humour anglais. Greg Daniel et son équipe ont donc compris qu’il était inutile de vouloir faire dans le même genre. Le public américain est moins sensible à l’humour noir, l’humour américain repose plus sur un comique de situation et comme la série est diffusée sur NBC, grande chaîne américaine, elle ne peut se permettre trop d’écart de langage. Michael Scott est donc dorénavant dessiné comme un bouffon aux responsabilités bien trop importantes. Il ne comprend pas la moitié de ce qu’il fait, fait des remarques déplacées les trois quarts du temps (je pense évidemment au célébre That’s What She Said!), se croit bon en tout, son but est, je cite, de rendre « le bureau drôle ». Mais Michael n’est pas méchant, enfin pas tout le temps…  Il est surtout incompatible  avec une société d’adulte avec des cadres et règles, il n’a pas de limites. Il se déguise en Sumo pour parler de l’obésité, fait des tours de magie au bureau, espionne les autres branches de la société sous le nom de code Agent Michael Scarn, embrasse un de ses employés pour prouver qu’il n’est pas homophobe et exécute des cascades.

La série joue en fait sur l’équilibre entre un Michael drôle et un Michael émouvant. Dans de nombreuses situations sa solitude, sa peur d’être rejeté et en fait ce qui le pousse à agir de façon improbable. Il est moins méchant que David Brent, en revanche beaucoup plus bête bien que plus travailleur.  La phrase qui décrit en fait le mieux le personnage de Steve Carell est sans doute celle prononcée par Jim Halpert, dans l’épisode de la saison 3 Branch closing. Alors que le bureau de Scranton est a deux doigts d’être fermé à cause de bénéfices en chute libre, Jim réagit en disant qu’il avait toujours cru que le bureau fermerai car Michael aurai vendu les locaux pour des haricots magiques.

Des romances pas comme les autres:

The Office réussit aussi depuis six ans quelque chose d’assez diffèrent des autres sictoms américaines. Elle arrive à allier humour, loufoquerie, tristesse et mélancolie. La plus part des séries comiques qui essayent de ne pas être juste drôles finissent souvent par être niaises.  The Office n’est pas toujours drôle mais ce n’est jamais niais, pourtant il y a des histoires d’amour notamment celles entre Jim et Pam. Cette relation est un des piliers de la série. Contrairement à la plupart des séries américaines reposant en partie sur un couple, les choses sont presque toujours bien emmenées. Au début ,leur relation est surtout vu par le biais de Jim, vendeur amoureux de la jolie et très fiancée secrétaire: Pam. Leur relation qui évolue devant les caméras n’est jamais traitée à la façon Soap Opera, elle repose surtout sur des regards, des non-dits, des actes manqués. Il n’y a pas de grandes déclarations d’amour entre la photocopieuse et la machine à café. Et comme Greg Daniel l’a souligné dans une interview à l’hebdomadaire Entertainement Weekly, l’idée est de garder cette romance le plus réaliste possible, malgré le manque de courage, le dénie, quand on s’aime on ne met pas dix saisons avant de se mettre ensemble. La série ne repose donc pas sur le principe Vont-ils le faire?, oui ils vont le faire, cela va prendre un peu de temps mais après ça, pas question de les séparer tous les deux épisodes, comme beaucoup de séries font avec leur couple phare. Et puis pour une relation comme Jim et Pam, profonde, triste et belle à la fois, il y a les autres romances, franchement drôles, comme celles entre Dwight et la très pieuse Angela ou encore celles entre Ryan “the temp” et la superficielle Kelly. Toutes les  relations ne sont pas belles, certaines sont justes bizarres ou mauvaises dès le départ.

L’importance des personnages secondaires:

Une des dernières caractéristiques de la version américaine est d’avoir un nombre de personnages plus important. Dans la version anglaise on voyait très peu les autres personnages du bureau, dans la version américaine on voit et entend tous les employés. Évidemment certains personnages ressortent, Dwight est bien plus que la contrepartie de Gareth. Shérif le week-end et ennemi de Jim, il adore les ours, le laser tag, Battlestar Galactica, les règles, il ne sourit jamais, rêve de grandeur et possède une ferme avec  son cousin amish Mose. Mais par chance la série ne repose jamais sur un personnage, il est juste impossible de ne pas mourir de rire, à l’excentricité de Creed, à la bêtise de Kevin, aux remarques puritaines d’Angela, aux bavardages incessants de Kelly, à la lenteur de Toby et j’en passe. Chaque Talking Head, regard ou réaction de ces personnages est juste fantastique. De fait, on rit des personnages mais plus important on rit avec eux.

Et le mockumentary dans tout ça ?

Et bien, il n’est pas abandonné, comme dans la version britannique, on ne voit pas les personnages chez eux, à l’exception de Michael et Dwight quelques fois. Comme on parle de la réalité, les acteurs ne sont pas des mannequins ils ont juste les dents plus blanches mais selon Ricky Gervais ,c’est un fait de la réalité, les américains ont les dents plus blanches. La présence de l’équipe de production du documentaire est souvent suggérée, dans les mouvements  de panique il arrive que le cameraman soit bousculé, beaucoup de personnages regardent la caméra en signe de réaction aux actions de Michael et certains s’empêchent de dire des choses quand la caméra est là, je pense par exemple à Jan la patronne de Michael et Pam. L’équipe de tournage est même souvent dans la confidence, ils ont connaissance de l’amour de Jim pour Pam bien avant celle-ci et ils ont même découvert la liaison entre Dwight et Angela. Évidemment à certains moments il parait bizarre que les caméras puissent être autorisées à filmer comme lors des entretiens d’embauches au siège ou dans les voitures mais bon comme l’a bien dit BJ Novak ,scénariste et acteur dans la série, on ne peut pas tout faire comme un doc cela serait ennuyeux tout simplement.

The Office est donc une de ces rares adaptations réussies, qui depuis 6 saisons ravit les téléspectateurs et critiques américains. Moins lisse, moins aseptisée et plus humaine que la plus part des autres sitcoms, elle est tout simplement la meilleure demi heure de comédie outre-atlantique. Alors pour tous ceux qui ont encore des a priori lancez-vous et découvrez le Party-Planning Committee, Shcrute Farms, Ryan started the fire, Bob Vance Vance Refrigiration, The Nard Dog, Secret Nasty Santa, enfin tout ce qui fait le charme de The Office.

La semaine prochaine j’évoquerai deux nouvelles séries, Parks and Recreation et Modern Family, qui utilisent le Mockumentary avec plus ou moins de réussite. En attendant, voici une des meilleures blagues de Jim. Celui-ci fait croire à Dwight qu’un appareil le « Gaydar » peut aider à reconnaitre les homosexuels. Priceless!


Vers les autres parties :

Partie 1 : The Office UK.


Partie 3 : Quelques nouveautés.

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