Rappons veux-tu bien 1/2

grandmasterflash

Le rap, c’est nul, ça tous les rockers le savent bien. C’est pas de la vraie musique, c’est juste des mecs qui parlent vite et dont la vie tout entière est motivée par une impérieuse nécessité : vendre le plus de disques possibles pour se foutre des lingots d’or plein les poches, ou se se les greffer sur les dents, c’est selon. Sauf que voilà, le rock et le rap n’ont jamais cessé de forniquer ensemble. Sauf que voilà, le rock et le rap c’est un peu la même chose. Et je vais le prouver.

D’abord, la minute étymologie du professeur Vickyroi : « rap », ça veut rien dire. Enfin, à l’origine. Parce qu’après, on a essayé d’en faire un acronyme, et ça a donné au choix « rock against police», ou «rythm and poetry». Pour la solidité de la présente démonstration, nous dirons que la première signification est beaucoup meilleure. Maintenant, passons à la partie étiologique. Le rap est une musique née dans la rue et portant ses revendications, comme le rock l’a souvent été. On peut même dire que le rap reprend la révolte populaire là où le rock l’avait laissée. La dernière grande époque contestataire du rock c’est le punk, à la fin des années 70, l’époque même où apparaît le rap (Rapper’s Delight du Sugarhill Gang, premier tube rap, sort en 45 tours en 1979). D’ailleurs cette époque est marquée par la proximité, à Londres, entre punk et reggae, les musiques noires et blanches sont unies dans la révolution. A New York c’est la même chose. Mais après ces années 70, le rock, avec la cold-wave et surtout le grunge, sombre dans la déprime et dans le nihilisme.

 

Désormais c’est le rap qui porte luttes et contestations à bout de bras et de rime. Cependant, cette tradition de révolte n’est pas seulement héritée du rock, mais de toutes les musiques noires, au premier rang desquelles le jazz et le blues. Les noirs, peuple martyr devant l’éternel, a toujours trouvé dans la musique et dans la danse le meilleur moyen pour lutter contre l’esclavage puis contre la ségrégation, pour clamer sa liberté. Le blues magnifiait les champs de coton et ces routes écrasées par le soleil où les bagnards cassaient des cailloux à longueur de journée, le rap magnifie le ghetto tout en dénonçant la difficulté d’y vivre, le rap est un étendard, un moyen de se forger une identité, d’accéder à l’existence, le rap donne aux ghettos noirs des règles, une mythologie et surtout un moyen d’expression et de revendication. Les premiers groupes auxquels on pense sont devenus mythiques, qu’on parle de Public Enemy ou du Wu-tang Clan. En France, ces groupes se nomment NTM ou Assassin et sont toujours resté fidèles à ce rap version cocktail molotov. Pour beaucoup, la première chanson emblématique est signée Grandmaster Flash, The Message, brûlot qui n’a rien de bilieux ou d’agressif, juste des paroles plutôt bien tournées et assez explicites. Jugez en par vous-même : Broken glass everywhere, People pissing on the stairs, you know they just don’t care, I can’t take the smell, I can’t take the noise, Got no money to move out, I guess I got no choice, Rats in the front room, roaches in the back.

 

La contestation n’est pas donc forcément violente et simpliste, les rapeurs sont avant tout des sacrés bons paroliers qui mettent en chanson des tranches de vie, comme le font bon nombre de rockers, parmi lesquels Ray Davis, Lou Reed ou Morrissey. Et puis le rap est d’abord une musique festive, une musique de l’être ensemble, un moyen de prendre du bon temps avec ses potos.  D’ailleurs le rap contestataire ne va durer qu’un temps, le rap va évoluer et se diversifier, tenter tous les métissages musicaux possibles. Dans les années 90, des groupes comme A tribe Called Quest ou The Roots inaugurent ainsi le jazz rap ; d’autres privilégient l’humour et font dans le rap ludique comme De la soul, dont les premiers albums sont tout simplement stupéfiants d’inventivité et d’intelligence.

Pourtant, aujourd’hui, le rap est encore méprisé par l’intelligentsia, il n’a pas tout à fait conquis ses lettres de noblesse. Doit-on le regretter ? Non, laissons plutôt faire le temps : le rap est encore une musique jeune, le rock a mis trente ans pour vaincre les résistances des vieux et des hémiplégiques de la culture, trente ans pour dépasser la seule sphère de la jeunesse et devenir une musique que tout le monde écoute. Le rap n’est pas une sous-culture, juste une culture qui s’affirme. Car, comme le dit l’ami Joey Starr, «le rap c’est l’avenir du rock », et peut-être avant tout parce qu’il reprend le flambeau d’une lutte musicale abandonnée par les disciples d’Elvis à l’aune des années 80. Après, en touchant le grand public, le rap cessera probablement d’être subversif et contestataire. La même chose est arrivée au rock à partir des années 80.

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