Mad Men: Enjoy the best America has to offer.

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Depuis trois saisons, Mad Men explore les méandres de la société américaine des 60’s à travers le quotidien de l’agence publicitaire Sterling/Cooper et de son directeur artistique Donald Draper. Pour ceux qui ne connaissent pas encore ce bijou, il n’est pas encore trop tard pour s’y intéresser, la série qui vient d’être renouvelée pour une quatrième saison a encore de beaux jours devant elle.

Un homme en costume noir et blanc tombe à la renverse du haut d’un gratte ciel. Derrière lui défile comme incrustées sur les façades des bâtiments des images: des femmes en lingerie, des verres de scotch, des familles unies et un slogan: “enjoy the best america has to offer”. Après cette longue chute, l’homme retombe dans un large fauteuil une cigarette à la main. C’est dès le début du générique que commence l’immersion dans le monde de Mad Men, car il s’agit bien d’une immersion, d’un voyage dans le temps au coeur du rêve américain, celui des années 1960, époque où l’Amérique représentait plus qu’aucun autre pays la modernité, le bonheur, l’espoir d’un monde meilleur. Ce temps où l’on pouvait fumer partout, où la banlieue chic du Connecticut ressemblait à un coin de paradis avec ses pelouses bien taillées et ses boites aux lettres peintes par les enfants, où les hommes portaient des chapeaux et conduisaient des Mustang. Cependant, comme le montre le générique, le but de Mad Men n’est pas de nous faire partager ce rêve, il est de le déconstruire, de montrer ce qui passe en dessous de la surface. Mad Men est une entreprise audacieuse car il n’est pas question d’une simple nostalgie. Non la vie n’était pas mieux avant tel pourrait être le slogan du programme. La majorité des américains voit dans les années 1950 -1970 les meilleures années de l’ Amérique, pourtant ce que s’attache à faire comprendre la série, grâce à l’intelligence de son créateur Matthew Weiner, ancien scénariste de Sopranos, c’est qu’aucune époque n’est bénie, les Etats-Unis des années 1960 sont un pays en guerre au sein d’un monde bipolaire, et une société divisée entre tradition et modernité.


Don Draper et sa cour.

Pour illustrer son propos, Matthew Weiner met en exergue un personnage: Don Draper, talentueux et séduisant publicitaire chez la prestigieuse agence new-yorkaise Sterling/Cooper. Don est un personnage complexe, hanté par un passé trouble que l’on découvre au fur et à mesure des épisodes. La série s’articule autour de sa vie professionnelle (formidable) et conjugale (chaotique). Les autres personnages sont : sa femme, Betty Draper, à la beauté hitchcockienne, déprimant dans sa cage dorée du Connecticut; Peggy Olson la secrétaire naïve de Don tout droit sorti de Brooklyn; Pete Campbell le jeune commercial manipulateur et ambitieux issu de ces vieilles familles de la gentry new-yorkaise; Joan Holloway, rousse incendiaire et secrétaire en chef et enfin Roger Sterling vieux beau en proie à la crise de la quarantaine et copropriétaire de l’agence. Dans les deux premiers tiers du premier épisode les personnages sont installés. Chacun représente un stéréotype: la gentille jeune fille, le méchant, le séducteur, l’allumeuse et ainsi de suite. Cependant dès la fin du premier épisode les cartes se brouillent. Et pour cause la série ne met pas en scène un combat entre les bons et les méchants. Mad Men est un vrai drama comme l’étaient Les Sopranos, The Wire ou Six Feet Under. Les personnages sont riches, complexes, ils ont un passé, un caractère propre, une réelle épaisseur en somme. Et s’ils sont si bien dessinés c’est parce que Matthew Weiner a pris son temps.

Une exigence narrative.

Le rythme de Mad Men n’est pas celui des autres séries télévisées, il  est lent, peut-être même trop lent à certains moments. On ne saute jamais d’une intrigue à une autre. En règle générale, les premiers épisodes installent les décors, on s’habitue ou réhabitue aux personnages, à l’époque, et ensuite, au fur et à mesure, l’intrigue prend de l’ampleur, le chaos est proche. Les trois derniers épisodes sont souvent les épisodes clés, là où tout arrive, le meilleur comme le pire. Néanmoins, les autres épisodes ont une importance cruciale car chaque silence, chaque regard compte. Il faut être constamment attentif. C’est sans doute pour cela que malgré la multitudes de récompenses (10 Emmy Awards et 3 Golden Globes en seulement deux saisons) et les critiques élogieuses, Mad Men garde une audience relativement confidentielle. C’est une série intelligente où la patience est de rigueur, un mélange entre un film de la Métro et un roman américain. La psychologie des personnages, l’étude des moeurs ne peut être sacrifiée à des fins commerciales. Matthew Weiner et ses scénaristes ne font pas ce que le spectateur veut, ils font ce qui est nécessaire à l’histoire pour rester au plus proche de la réalité. Dans les années 60 les femmes trompées par leur maris ne divorcent pas, c’est comme ça, si les spectateurs ne sont pas contents ils peuvent changer de chaînes. De plus tous les thèmes sont abordés, même ceux qui fâchent: le passé (par l’intermédiaire de Don) mais aussi l’enfance, le mariage, le divorce, l’alcoolisme, le viol et même l’homosexualité. Tous avec une grande subtilité, à travers certains actes ou simplement des non-dits. Les personnages sont le plus souvent désabusés de fait l’amour, le romantisme sont peu présent au contraire du désir ou de la sexualité. Les personnages font ce qu’il peuvent pour maintenir leur vie à flot, ils usent le plus souvent des pires ressorts pour obtenir ce qu’ils veulent: avoir un bout du rêve. Dans une époque ou tout évolue en permanence, une vie peut encore plus facilement basculer du jour au lendemain. La question est de savoir comment trouver un brin de bonheur dans une société si désordonnée. Quelles possibilités ont les personnages? Quelle part du rêve américain peuvent-ils avoir  et surtout le jeu en vaut-il la chandelle?

Voyage au coeur de l’histoire.

Pour terminer, il est important de souligner la qualité de la production. Mad Men est aujourd’hui le show le mieux produit outre atlantique. Des décors aux costumes, chaque détail est pensé, les couleurs de rouges à lèvres changent au fur et à mesure que les temps et donc les saisons passent, la musique est subtilement choisie (Bob Dylan, Ella Fitzerald, Peter Paul and Marry..). La photographie est fabuleuse et la direction à couper le souffle. Certaines scènes semblent issues d’un long métrage plutôt que d’une simple série télévisée. Le succès de la série doit beaucoup à cette atmosphère parfaitement reconstituée, c’est cette authenticité qui renforce l’idée d’immersion. Il est bien plus facile d’entrer dans cet univers si lointain pour nous s’il est bien reproduit. La documentation historique est aussi très riche, chaque grand événement est évoqué (la campagne présidentielle opposant Kennedy et Nixon en 1960, la crise des missiles de Cuba en 1962, la mort de Marilyn Monroe…), et les marques, elles-même vecteur de bonheur, sont bien réelles (Lucky Strike, Pampers, Bacardi, Utz). Les années 60 ne sont pas qu’un cadre, elles sont un personnage à part entière.


Alors si l’on s’assoie bien confortablement, qu’on se laisse imprégner par l’univers des années 1960, qu’on prend le temps de découvrir les personnages, on finit par connaître ce monde dans lequel on n’a pas vécu, on finit par l’apprivoiser et par le comprendre. Évidemment, on ne peut s’empêcher de sourire quand Bert Cooper, le fondateur de l’agence, affirme que Kennedy n’a aucune chance de gagner l’élection de 1960. Mais regarder Mad Men c’est avant tout voyager dans un monde lointain avec notre regard critique d’aujourd’hui, regarder ces hommes tomber, puis se relever…comme l’Amérique.

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